C’est le moment idéal ! La France baigne dans l’opulence : économie au zénith, pas de dettes, des prix Nobel à la pelle, des salaires mirobolants, des infrastructures de rêve, un système de santé qui fait des envieux, une Éducation nationale au sommet de son art, secrétant, année après année, des élèves hyper doués au point que pas un seul ne rate son bac ! Bref, la France va bien. Les Français, eux, nagent dans l’euphorie. Les faillites mortifères ? Vous plaisantez ! L’explosion du chômage ? Vous rigolez ! L’insécurité ? Mais ce n’est qu’un sentiment, pas une réalité ! La dislocation de la famille ? Grâce aux féministes et aux LGBTetc., on crée de nouveaux attelages tous les jours, alors pas de quoi râler ! La progéniture ? Rien que des enfants modèles ! La drogue ? Quelle drogue ?

Tout va bien ! On a assuré le bien-être des gens : plus rien à faire de ce côté-ci. Alors, attaquons-nous à celui des animaux, c’est le bon moment. Et, aussi sec, une trentaine de députés de pondre une proposition de loi croquignolette. On nous prévient, d’entrée de jeu, qu’il ne s’agit pas de « bien-être animal », périphrase un peu vieillotte, mais de « lutte contre les souffrances animales ». La « lutte », en politique, c’est bien, ça fait guerrier, martial, décidé. Chez nous, on passe son temps à lutter contre quelque chose et, au sommet, il y a la « convergence des luttes », le chef-d’œuvre.

Ici, on lutte successivement contre l’utilisation des fourrures d’animaux, les spectacles d’animaux vivants, la chasse à courre, l’élevage n’offrant pas aux animaux un accès au plein air, l’utilisation de cages (poules, lapins, cailles, etc.), qui deviendra interdite d’ici 2030. Tout ceci s’accompagne, évidemment, d’une pluie drue et transperçante de sanctions et d’amendes.

Mais pourquoi donc cette initiative « animalophilissime » me laisse-t-elle un goût d’inachevé ? J’ai comme l’impression qu’il manque un chapitre… Ah, oui ! Ça y est ! On ne parle pas de l’abattage ; c’est pourtant une activité où s’expriment « les souffrances animales », non ? Normalement, la loi exige que l’animal soit étourdi avant d’être tué (Code rural, art. R 214-70). Or, l’abattage rituel musulman prévoit expressément que l’animal soit conscient et non étourdi, c’est le sheikh Yûsuf Al-Qaradâwî, leader des Frères musulmans, qui le dit. Et il précise : il faut « que l’animal soit égorgé avec un instrument tranchant susceptible de faire couler le sang… même si l’instrument est en pierre ou en bois ». Égorger à coups de sabre de bois ? Rien à voir avec la souffrance animale, peut-être ! La loi française, dans l’article précité, prévoit l’exception suivante : étourdissement obligatoire sauf « si cet étourdissement n’est pas compatible avec la pratique de l’abattage rituel ». Un petit morceau de charia dans notre législation…

Mesdames et Messieurs les députés aux âmes sensibles, vous avez raté l’occasion d’éviter la souffrance à des millions de bovins et de moutons en ne demandant pas l’abolition de cette exception. En revanche, le Tursiops truncatus et la caille pondeuse vous seront, à jamais, reconnaissants. Merci pour eux.

Dernière minute : faute de temps, la discussion à l’Assemblée nationale sur ce texte a été renvoyée à plus tard.

10 octobre 2020

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