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Editoriaux - Politique - Social - 13 janvier 2020

Philippe Martinez : ÉVIDEMMENT !

On a attendu longtemps, durant la journée du 11 janvier, pour enfin apprendre que le Premier ministre avait décidé de retirer la notion d’âge pivot et qu’il l’avait annoncé par courrier à toutes les organisations syndicales.

Même si je ne félicite pas le gouvernement pour la manière dont, depuis des mois, il gère le dossier des retraites et présente son projet, il est incontestable qu’Édouard Philippe a eu du courage : celui d’apparaître faible et en contradiction pour le bien du pays.

Je ne voudrais pas que le satisfecit du président de la République – « C’est un compromis constructif et de responsabilité » – remette paradoxalement une pièce dans la machine sociale pour stimuler tous ceux qui ne sont inspirés que par la détestation d’Emmanuel Macron.

Mais la CFDT, l’UNSA, la CFTC et le MEDEF ont bien compris, eux, le message du Premier ministre et ont accepté de considérer que leur donner satisfaction sur un point essentiel n’était pas un motif de plus pour ruer dans les brancards.

Cela ne signifie pas que la journée d’action (sic) du 16 janvier sera de tout repos pour les Parisiens, mais une éclaircie civique est possible.

Pendant que le Premier ministre cherchait une issue et la trouvait partiellement, des violences, dévastations et incendies, avec des individus cagoulés et masqués, se déroulaient à Paris. Déplorable rituel de quasiment chaque samedi. Du dialogue ici, de la fureur là : le pouvoir saura-t-il un jour être bon en tenant fermement les deux bouts de la chaîne ?

Mais il me semble que j’ai le droit, malgré l’importance des événements politiques et sociaux, de m’abandonner à une sorte de badinage.

, au nom de la CGT, a déclaré : « Nous appelons ÉVIDEMMENT à poursuivre le mouvement, le courrier du Premier ministre n’a rien changé… » (Morandini).

Ce ÉVIDEMMENT est si éclairant, infiniment délicieux, tellement révélateur. Il montre si bien à quel point, pour ce syndicat – mais d’autres oppositions s’inscrivent dans ce même registre -, rien ne sert à rien et que le pouvoir a beau dire et faire, il ne convaincra jamais puisque ÉVIDEMMENT il faut poursuivre le mouvement.

ÉVIDEMMENT est un adverbe qui sert beaucoup au syndicalisme partisan. Il y a comme une forme d’ironie dans sa formulation. Vous ne croyez tout de même pas qu’on va se laisser berner par le réformisme alors que nous exigeons un maximalisme que nous savons impossible !

ÉVIDEMMENT est le triste aveu d’une impuissance : on aura toujours, contre n’importe quel pouvoir, bien davantage contre celui de droite ostensible et/ou masquée, la machine de guerre de ce ÉVIDEMMENT faisant surgir de manière éclatante que l’essentiel n’est pas d’obtenir ce qu’on demande mais de l’arracher ou, bien plus, de ne pas en tenir compte puisque ÉVIDEMMENT le mouvement, le rejet sont prioritaires.

Il faut remercier Philippe Martinez d’avoir usé de cet adverbe qui couronne, sans la moindre équivoque, une contestation qui a pris les retraites pour prétexte et continuera tant que l’organisation sociale n’aura pas exclusivement favorisé les « travailleurs ».

Ce ÉVIDEMMENT en dit long.

Le gouvernement a du mérite parce qu’il n’est jamais facile de dialoguer avec qui, par principe, ne veut rien entendre !

ÉVIDEMMENT !

Extrait de : Justice au Singulier

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