D’emblée, un problème se pose : le suffixe « iste » et son frère jumeau, le suffixe « isme ». Ces terminaisons de quatre lettres sont liées à des idéologies ; c’est-à-dire des systèmes de pensée dont les bigots et leurs porte-parole fanatiques, héritiers de Savonarole, étaient si convaincus des vérités de leurs dogmes qu’ils en sont devenus sectaires, aveugles et sourds mais, par malheur, en aucun cas muets. Ainsi, on a eu le déplaisir d’entendre les déclarations tonitruantes de ces furieux édiles, évadés des asiles à Bordeaux, à Lyon… d’ici et de là. Nous n’avons pas fini de rire jaune devant l’explosion en plein vol de ces verts poussant le cri de la carotte avant de s’écraser sur le plancher des vaches.

Un homme de droite est un pragmatique. Il voit la société et les individus tels qu’ils sont dans le monde réel – constat pas toujours très réjouissant –, hommes avec leurs qualités à promouvoir et leurs défauts à juguler, dont les excès et la folie doivent être limités par des lois et surtout des garde-fous.

Un homme de gauche est un idéologue. Il aimerait que le monde soit à l’image de ses rêves… et si le peuple ne se montre pas à la hauteur de ses illusions, il faudra le rééduquer ou même le remplacer s’il renâcle de trop.

Rousseau était un idéologue avant l’heure. Partant d’un postulat erroné car issu de son imagination, il a réussi à diffuser, au travers des siècles, ce qui est devenu un des piliers de l’écologie politique de la gauche radicale : le bon sauvage et son Éden, tous deux pervertis par la société. Ni plus ni moins que le mythe du paradis perdu d’Adam et Ève revisité par le projecteur des Lumières prérévolutionnaires.

Il convient de se poser la bonne question : être un écologiste de gauche est à coup sûr un pléonasme ! Mais être un écologiste de droite serait-il un oxymore ? En ayant pris soin de mettre de côté les psychopathes, les pervers et les provocateurs cyniques et systématiques, qui pourrait dire, de bâbord ou de tribord, qu’il préfère la mort à la vie, le malsain au sain, le laid au beau, l’impur au pur, le trafiqué au naturel, les friches industrielles aux eaux et forêts ?

Le problème est que l’écologie gauchiste a préempté – et, donc, confisqué – ce bien commun qu’est la nature, qui en soi n’est ni bonne ni mauvaise mais qui constitue notre environnement vital sans aucun autre choix. Elle l’a aussi dévoyé en y associant la convergence des luttes du droit à la migration, des théories du genre, de la décroissance, de l’antiracisme, de l’apologie du métissage, des bienfaits du communautarisme… Un vrai repoussoir pour les amoureux sincères des petits oiseaux, des champs de pâquerettes ou des troupeaux de paisibles ruminants.

La droite a maintenant bien du mal à se réapproprier ce champ politique qu’elle a si longtemps laissé en jachère. Endormie par des préoccupations exclusivement économiques, elle est partie de trop loin, n’ayant pas entendu le coup de feu du starter de cette course de fond. Et quand, enfin, elle s’exprime aujourd’hui, ses paroles faiblardes résonnent d’opportunisme sans convaincre grand monde. Alors, comment se remettre dans la danse pour en donner le bon tempo ? Une seule solution : qu’elle sache éliminer à la serpe d’or les pousses de gui qui parasitent les ramures du noble chêne, qu’elle sache élaguer de l’arbre de vie les branches gauches et vermoulues qu’on lui a greffées contre-nature… jusqu’à le faire ployer plus bas que terre.

Ainsi régénérée, l’indispensable, l’incontournable, la véritable écologie pourra se déployer.

16 septembre 2020

À lire aussi

Élections américaines : un combat de coqs

Tous ergots dehors, ils se volèrent dans les plumes avec une férocité inouïe... …