Le compte à rebours a commencé, le temps s’emballe : le 4 mars prochain, trois des candidats à l’élection présidentielle, cumulant 40 % à eux trois d’intentions de vote dans les sondages, pourraient ne pas pouvoir se présenter.

Sur les plateaux de télévision, sur les ondes, partout sur le terrain, que ce soit Jordan Bardella ou Philippe Ballard, Stanislas Rigault ou Guillaume Peltier, tous alertent sur ce danger.

Marine Le Pen suspend donc sa campagne pour le moment pour pouvoir s’investir personnellement à plein temps dans l’obtention de ses parrainages. Un déplacement dans la Somme et une conférence sur l’éducation sont donc reportés. La situation, pour le RN, n’a jamais été aussi critique.

Face à cela, un David Lisnard ou un François Bayrou ont réagi, certes assez tard. Il y a une dizaine de jours, le président du MoDem a créé une banque de parrainages : les élus n’ayant pas encore apporté leurs parrainages peuvent le lui adresser afin qu’il soit attribué à Éric Zemmour, Jean-Luc Mélenchon ou Marine Le Pen. Une façon de corriger - ou contourner ? - cette affreuse loi des parrainages que le gouvernement d’Emmanuel Macron, qu’il soutient pourtant, n’a jamais souhaité abolir ou tout du moins modifier. À l’heure où nous écrivons, selon Le Monde, quelque 180 parrainages ont été récoltés, dont 160 venant de maires. Selon Sud-Ouest, 660 sont nécessaires pour tirer d’affaire les trois impétrants.

D’autres maires ont tenté de contourner cette loi sur la transparence obligatoire des parrainages, sans pour autant avoir à subir les foudres des communautés d’agglomérations, largement détenues par les LR ou le PS. On rappellera que ces deux partis se voient ainsi rendus indéboulonnables par cette même loi de la transparence des parrainages, malgré un poids très relatif dans les sondages, surtout pour le PS. Ajoutons à ce sujet que Geoffroy Didier a promis l’expulsion des LR à ceux qui parraineraient Éric Zemmour ou Marine Le Pen. A-t-il seulement entendu David Lisnard ? On pourrait d’ailleurs gloser à l’infini sur ces verrous qui empêchent le recomposition politique en cours et se demander si la France est condamnée à ce bipartisme granitique LR/LREM, ce dernier ayant remplacé le PS .

Pour enjamber cette fameuse loi des parrainages, trois maires du Var ont décidé de tirer au sort celui qui aura leurs parrainages. Disons-le honnêtement, c’est assez absurde, mais cela montre très bien l’aspect vicieux de cette loi.

D’autres ont organisé des consultations populaires auprès de leurs administrés pour savoir à qui accorder le précieux sésame sans pour autant s’engager personnellement : on fait donc d’abord voter les électeurs… pour qu’ils puissent ensuite voter réellement pour le candidat de leur choix. Un suffrage au carré. En clair, le maire ne pourra pas alors être accusé d’avoir « frayé avec l’extrême droite » lors des prochaines municipales. Le piège Mitterrand-Hollande fonctionne merveilleusement. Ainsi, Jérôme Palmade, maire de Pia, dans les Pyrénées-Orientales, va parrainer Éric Zemmour, mais ce sera selon le vœu de ses administrés. Ils pourront donc difficilement pratiquer ensuite le reductio ad hitlerum. De même, Pascal Gegin, maire d’Avolsheim (Bas-Rhin), a fait voter ses administrés. Zemmour est sorti vainqueur de ce vote, il aura ce parrainage.

En revanche, à Comprégnac, dans l’Aveyron, le maire Olivier Julien (sans étiquette) a voulu organiser lui aussi une consultation citoyenne avant d’accorder son parrainage. Il y a gagné un courrier du préfet l’interdisant, assorti d’un rappel à la loi : les consultations citoyennes ne concernent que ce qui est relatif à la commune. « Déni de démocratie ! » dénonce le maire au média RT qui l’a interrogé. Et, donc, ce maire ne parrainera personne.

Même situation dans le Var : à Sainte-Anastasie-sur-Issole, rapporte France 3 PACA, le maire Olivier Hoffmann a eu l’interdiction préfectorale d’organiser une consultation populaire. Il s’en explique : « J'ai été élu sans étiquette et je ne veux pas dévoiler mon opinion politique. Or, le système de parrainage est un peu vicieux, parce que mon choix sera toujours interprété comme un soutien à un candidat », ce à quoi la préfecture répond, dans un communiqué : « Le parrainage d'un candidat à l’élection présidentielle est un acte personnel et volontaire du maire, qu’il ne peut pas déléguer. »

Ce qui n’est pas faux, mais ne correspond pas à la réalité du terrain : un maire ne devrait pas quasiment mettre en jeu son mandat, ou au moins l’obtention de subventions pour des projets municipaux, pour avoir accordé un parrainage. Or, c’est ce qui passe, ces jours-ci. Quels sont les maires qui auront le courage de braver pressions et menaces, conscients que par l'effet pervers d’une mauvaise loi, ils sont, de fait, les garants du pluralisme et de l’équité d’une élection ? Réponses le 4 mars.

22 février 2022

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