Le 10 mai est la journée commémorative du souvenir de l’ et de son abolition. C’est un héritage de la première loi Taubira, une loi mémorielle de 2001. Un texte où le législateur juge l’Histoire en se livrant à l’anachronisme : au lieu de créer des normes qui s’appliqueront dans le futur, il plaque une qualification juridique actuelle (« crime contre l’humanité ») à des faits prescrits depuis longtemps.

Prescrits ? Pas pour tout le monde ! Les élucubrations des indigénistes voudraient qu’une éternelle culpabilité se transmette de génération en génération pour que les descendants des victimes bénéficient d’une rente victimaire plus que perpétuelle sur les descendants des esclavagistes. La mort n’interrompt plus la responsabilité.

Notons la redondance : le 25 mars est la Journée internationale du souvenir des victimes de l’esclavage et de la traite transatlantique (de l’ONU) ; le 23 août est la Journée internationale du souvenir de la traite négrière et de son abolition (de l’UNESCO) et le 2 décembre est la Journée internationale pour l’abolition de l’esclavage (de l’ONU). Était-il indispensable de se créer une journée strictement hexagonale sur un sujet évoqué par trois fois pas des instances internationales auxquelles nous participons ?

Venons-en aux paradoxes.

Peut-être que est sincère dans sa détestation de l’esclavage, et personne ne peut la blâmer d’y être plus sensible que d’autres, compte tenu de ses origines et de son histoire familiale. Rejoignons-la dans cette condamnation : nonobstant le sectarisme d’une certaine gauche, un lecteur de Boulevard Voltaire peut considérer l’instrumentalisation, la réification, la commercialisation de l’homme qui est faite à travers l’esclavage et la traite comme immorale, ignoble et abjecte. Mais saluons son inventivité : elle a su créer une loi mémorielle sélective (verre à moitié plein) ou carrément révisionniste (verre à moitié vide). En occultant sciemment la traite arabo-musulmane, les jeunes Arabes ne se voient pas imposer de culpabilité héréditaire venue de leurs ancêtres. Et ne parlons même pas de l’esclavage intra-africain qui n’est jamais évoqué (comme le rappelle Éric Conan, dans L’Express), alors qu’il existe toujours des esclaves, par exemple les enfants qui travaillent douze heures par jour dans les mines de métaux précieux et de terres rares en République démocratique du Congo (source : Amnesty International, janvier 2016).

Mais le plus grand paradoxe réside dans la seconde loi Taubira, celle de 2013, qui permet le mariage et l’adoption aux couples de même sexe et ouvre un grand boulevard à la légalisation de la procréation médicalement assistée ouverte aux femmes seules ou en couple, puis à la gestation pour autrui. Une autre femme de gauche, la philosophe Sylviane Agacinski, voit dans la GPA « une forme inédite d’esclavage » qui « s’approprie l’usage des organes d’une femme et le fruit de cet usage ». L’iconique pourfendeuse de l’esclavage promeut finalement une de ses formes, tout aussi odieuse que d’autres, mais bien cachée dans des pays lointains. Pour l’instant.

Alors en ce 10 mai confiné où les Sentinelles ne veilleront pas place Vendôme (bien qu’elles respectent, par définition, un espace suffisant pour ne pas contribuer à la propagation d’un certain virus), souhaitons à Mme Christiane Taubira qu’elle puisse parvenir à un discernement suffisant pour réaliser le désastre que sa loi induit. Puis qu’elle aille faire l’emplette d’assez de cohérence. Quant à nous, qui l’avons compris, ne nous lassons jamais de demander l’abrogation de la seconde loi qui porte son nom.

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