Si cette nouvelle expression devenue tendance chez les jeunes ne vous dit rien, c’est sans doute que vous êtes déjà trop vieux. Ou que vous n’avez pas encore été sommé de vous taire en raison de votre grand âge !

« C’est cela, le vieux » est, en quelque sorte, la nouvelle façon de répondre à son contradicteur lorsque le jeune est à court d’argument, c’est-à-dire assez vite, en somme. Nouvelle réplique à la mode, le « OK Boomer » devient le cri de guerre poussé par des « millions de gamins à bout » et « qui symbolise la fin des relations amicales entre générations », rapporte le New York Times.

À l’origine de cette expression fort constructive dans le débat, l’argumentation d’un sexagénaire décrivant la jeune génération des millenials (nés entre 1981 et 1995) et gen Z (nés après 1996) comme souffrant « du syndrome de Peter Pan : ils refusent de grandir ». Ce papy-boomer ose poursuivre en affirmant que leurs combats, notamment en matière d’écologie, seraient vains et bercés d’idéaux. La vidéo diffusée sur les réseaux sociaux montre un jeune lui rétorquer « OK Boomer ».

L’invective devient un véritable phénomène de société. Un étudiant américain crée un vêtement portant l’inscription et génère plus de 25.000 dollars de vente. L’expression est vue sur des affiches éditées par la CGT lors de manifestations contre la réforme des retraites, destinée à Jean-Paul Delevoye, ancien haut-commissaire aux retraites. En Nouvelle-Zélande, la politique Chlöe Swarbrick, 25 ans, reprend la formule à son compte pour clouer le bec à un parlementaire plus âgé en plein débat sur… le changement climatique, tiens tiens ! La mobilisation massive de la jeunesse en faveur du climat n’est pas sans rappeler une certaine icône écologiste inspirant la jeunesse des grandes villes occidentales à faire la grève. Or, « croire que l’on incarne la pureté, embrigader la jeunesse, c’est mobiliser des armes dont on ne maîtrise jamais le pouvoir », prévient la géographe Sylvie Brunel.

Après le reductio ad hitlerum, le reductio ad gerontum

Les papy et mamy-boomers accusés aujourd’hui sont décrits par l’historien Jean-François Sirinelli comme « la génération des 4 P » : paix, prospérité, plein-emploi et progrès. Face aux multiples crises que traversent nos sociétés, difficile, en effet, pour la jeunesse actuelle de ne pas suivre les Cassandre à tresses en cherchant des boucs émissaires et en accusant les enfants du baby-boom de « destructeurs de la planète ». L’expression « OK Boomer » deviendrait-elle le symbole d’un divorce irréconciliable entre jeunes et moins jeunes ? En réalité, « le tweet “OK Boomer” est destiné à mettre l’écologisme radical à l’abri de toute contestation », explique le journaliste Brice Couturier, dans un entretien à Atlantico. Pour le philosophe Bertrand Vergely, « cette mise en cause est sans intérêt aucun, les critiques adressées à la génération post-68 étant à côté de la plaque et masquant le vrai procès qui devrait avoir lieu et qui n’a pas lieu ».

Ironie du sort, ces jeunes qui prétendent être en rupture avec leur aînés ne font que reproduire la même émancipation, la même intolérance, véhiculant les mêmes valeurs gauchistes et ultralibérales que leurs parents. Se croyant innovants, ils ne sont, finalement, que de nouveaux soixante-huitards en culotte courte, des jeunes déjà vieux…

2 janvier 2020

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