Ils n’ont pas eu maille à partir avec la police ou la gendarmerie et ne crachent pas sur elles.

Ils n’ont rien à voir avec la mort de George Floyd à Atlanta ou l’interpellation de Gabriel à Bondy.

Et Kylian Mbappé, comme pour ce dernier, ne les a pas illustrés sur son compte Instagram.

Un communautarisme vindicatif n’ayant plus aucune finalité judiciaire les a négligés : ils n’étaient pas Adama Traoré.

Personne ne les connaît et ils n’ont jamais intéressé les médias. Ils vivent à Montrevel, une commune de 450 habitants en Isère.

Le Monde ou Mediapart ne se sont jamais penchés sur eux, ou alors seulement pour les insérer dans une analyse condescendante et statistique sur la France profonde.

L’État de droit et la Justice n’ont jamais été des notions et des concepts sur lesquels ils ont eu le loisir de disserter mais des failles, des béances accablant leur quotidien.

Chantal Mermet, depuis vingt-trois ans, travaillait dans son bar-tabac, sept jours sur sept, et elle ne prenait qu’une semaine de vacances par an.

Son mari François Mermet a blessé un cambrioleur « qui s’était attaqué à l’établissement dans la nuit du 25 au 26 mai ».

Après avoir vu l’un des trois malfaiteurs en train de forcer une fenêtre, il sort du bar en s’étant muni d’un vieux fusil de chasse qu’il gardait par peur près de leur lit. Dans la panique, il fait partir deux coups de feu involontaires. Les phares d’une voiture s’allument à vingt ou trente mètres et un autre délinquant s’avance vers lui, tenant quelque chose à la main. François Mermet tire une dernière fois pour le faire fuir, selon lui en l’air. La voiture disparaît.

Vers 2 heures 15, un jeune homme de 21 ans se présente dans une clinique, il a été « blessé dans le dos par plusieurs plombs ». Le rapprochement est fait avec la tentative de vol au détriment des époux Mermet.

Menotté face au voisinage, François Mermet, qui se sent honteux et humilié, est placé en garde à vue et mis en examen pour violences aggravées. Il est placé sous contrôle judiciaire.

Le cambrioleur, seulement légèrement blessé, venait de purger une peine de prison pour une affaire de stupéfiants. Il a été mis en examen pour vol en réunion avec effraction.

Le bar-tabac, avant Chantal Mermet avait été tenu par sa mère et il s’agissait du seul commerce de Montrevel. Elle avait déjà été cambriolée à six reprises.

Un comité de soutien a été créé et une pétition diffusée. Le commerçant d’un village voisin comprend « la réaction de François Mermet » et il souligne qu’il a été « cambriolé et braqué » à onze reprises et « qu’on est beaucoup à vivre avec ce sentiment d’insécurité » (Le Parisien).

On ne peut pas reprocher au parquet et à l’instruction de Bourgoin-Jallieu d’avoir mal accompli leur travail, aucune décision n’a été aberrante, et pourtant, on ne ne peut se défendre d’éprouver un sentiment d’injustice et de plaindre les époux Mermet.

François Mermet le dit à sa manière qui vaut bien tous les traités savants sur le monde pénal. « Je n’aurais pas dû me servir de mon arme. Dans la panique, la peur, on ne sait pas ce qui nous passe dans la tête. Mais ce sont les voleurs qui devraient être punis. Pas moi… Je suis détruit… anéanti. »

Et son épouse de renchérir dans le désarroi. « Moralement, c’est dur de vivre dans la peur, la crainte. Alors aujourd’hui ras le bol, j’arrête, je ne peux plus continuer dans ces conditions… On l’a traité comme un tueur, on lui a mis les menottes. Mais nous, on est des victimes. Il ne faut pas inverser les rôles. »

Elle a décidé de vendre. Montrevel n’aura plus son bar-tabac. Un dernier lien est rompu. Hommage au Parisien pour avoir projeté une lumière sur ce petit bout de déclin. Un crépuscule de plus.

Rien qu’une infortune discrète en France périphérique.

Extrait de : Justice au Singulier
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