Audio - Cinéma - Editoriaux - Religion - Table - 22 octobre 2017

“Je ne suis pas croyant, mais ai été frappé par l’extraordinaire ferveur de ces gens”

Réalisateur du film La persécution des chrétiens aujourd’hui dans le monde, Raphaël Delpard répond aux questions de Boulevard Voltaire. Il n’est pas croyant, mais est convaincu que le combat de demain est celui de la liberté religieuse.

Raphaël Delpard, vous sortez un film sur le martyre des chrétiens dans le monde. Pourquoi vous êtes-vous penché sur ce sujet ?

J’ai choisi ce sujet tout à fait par hasard aux environs de 1997-1998.
J’ai été littéralement stupéfait d’apprendre qu’au XXe siècle, des hommes, des femmes et des enfants puissent être persécutés en raison de leur foi.
Au début, j’étais un peu crédule. Lorsque je trouvais une information, je la gardais. Un jour, j’ai décidé d’aller dans des pays persécuteurs, en Irak, en Afghanistan, au Yémen, etc.
Je souhaitais voir sur place ce qui s’y passait.
Effectivement, j’ai découvert des communautés chrétiennes persécutées.
La persécution revêt plusieurs formes. Cela va de l’emprisonnement à l’assassinat.
Par exemple, dans les anciennes républiques soviétiques, tout est administratif et si vous ne correspondez pas au règlement administratif, vous risquez de vous retrouver en prison.
Dans d’autres pays comme l’Algérie, posséder une Bible est extrêmement dangereux et peut tout simplement vous conduire en prison.

Lorsqu’on pense persécution des chrétiens, déduisons-nous le mot islam assez rapidement ?

Si on considère les pays où l’islam est religion d’État, alors oui, les chrétiens sont persécutés par rapport à l’islam. Au Pakistan, vous pouvez être condamné et inquiété pour un regard ou pour un geste qui pourrait être un blasphème. C’est le cas d’Asia Bibi, cette jeune femme pakistanaise condamnée depuis huit ans à la pendaison pour avoir bu un verre d’eau dans un puits réservé aux musulmanes.
On n’imagine pas le degré de nuisance de ce que cela peut représenter.
En Égypte, entre 500 et 600 jeunes femmes coptes disparaissent chaque année. Elles sont enlevées et mariées de force à des musulmans.
J’ai interviewé Jean Maher, président de l’Union égyptienne des droit de l’homme. Il me disait que les parents n’obtiennent jamais gain de cause.

Vous qui avez rencontré ces communautés chrétiennes martyrisées pour leur foi à travers le monde, par quoi avez-vous été frappé ?

Je ne sais pas si je vais répondre à la question, mais je vais vous donner mon point de vue.
Je ne suis ni chrétien ni croyant. Je ne verse pas dans le militantisme religieux.
Après tout ce qui s’est passé, après le génocide arménien, après la Shoah, après le Rwanda, après le dernier pogrom chrétien en Turquie contre les chrétiens grecs en 1956, il est insupportable pour moi de réaliser qu’on puisse tuer des chrétiens au XXIe siècle dans ce monde actuel avec ses grandes institutions comme l’ONU ou la Commission des droits de l’homme.
Pour quelqu’un comme moi qui ne suis pas croyant, ce qui m’a frappé, c’est l’extraordinaire ferveur de ces femmes et de ces hommes. C’est le même constat quel que soit l’endroit du monde, dans les pays d’Orient, dans les anciennes républiques soviétiques, au Vietnam ou à Cuba, où l’Église a été persécutée pendant des années.
Selon moi, le combat de demain, c’est la liberté religieuse.

Pour le public qui voudrait aller voir votre film, où sera-t-il diffusé ?

La première projection aura lieu le 15 novembre 2017 au cinéma Le Lucernaire situé au 53, rue Notre-Dame-des-Champs, dans le 6e arrondissement.
Les deux premières séances sont le mercredi soir à 20 h 30 et le jeudi soir à 20 h 30.
Pour le vendredi, samedi et dimanche, il y aura quatre séances par jour.