Editoriaux - Politique - 23 avril 2019

Nathalie Loiseau sur une liste d’extrême droite… et ceux qui militaient à l’extrême gauche, on en parle ?

C’est la tempête dans un verre d’eau du jour : Nathalie Loiseau, étudiante à Sciences Po, a figuré sur une liste d’extrême droite, l’UED, émanation du GUD. Citer ces trois dernières lettres, c’est immédiatement faire surgir dans l’imaginaire collectif de gauche le monstre du Loch Ness et la bête du Gévaudan réunis, dansant main dans la main en ricanant sous la pleine lune. Mediapart a lancé la bomb(inett)e, mais Minute revendique la paternité – en ayant fait état dès le 27 mars. Edwy Plenel et ses amis ne citent pas Minute. Peut-être parce que les revues d’extrême droite d’aujourd’hui sont les parutions lestes d’hier : certains les lisent de façon compulsive mais se feraient couper un bras plutôt que l’avouer. À chaque époque ses transgressions.

La meilleure défense étant encore l’attaque, Nathalie Loiseau renvoie aussi sec Edwy Plenel a son propre passé, quand il était « maoïste, soutien des Khmers rouges du terrorisme palestinien ». En 1972, il avait en effet soutenu l’organisation Septembre noir qui venait d’assassiner 11 athlètes israéliens lors des Jeux olympiques de Munich. Une erreur de jeunesse, lâche-t-il, quand on l’interroge. Selon lui, cela « n’avait rien d’exceptionnel (sic) dans l’extrême gauche de l’époque » (« Check News » pour Libération). S’il le dit…

Hélas, trois fois hélas, Nathalie Loiseau s’est arrêtée là et n’a pas déroulé le fil de la longue et sinueuse pelote jusqu’au bout : il aurait pourtant été instructif d’égrainer enfin les noms de tous ceux de nos hommes politiques qui ont traîné leurs guêtres de jeunes bourgeois soixante-huitards dans les officines d’extrême gauche, le plus croquignolet, eu égard aux récents événements, étant bien sûr Christophe Castaner, ci-devant militant de l’UNEF, syndicat plus connu pour crier « CRS-SS » que pour faire des mamours aux forces de l’ordre… Il est vrai qu’en France, une vie étudiante d’extrême droite vous marque à jamais du sceau de l’infamie quand avoir erré à l’extrême gauche – même la plus dure – démontre, in fine, derrière les excès, un grand cœur idéaliste.

Elle ne pense pas seulement à rétorquer qu’Alain Juppé, son ancien mentor, a en son temps été au Club de l’Horloge et que le moins que l’on puisse dire est qu’il ne s’y est pas radicalisé…

Curieusement, Nathalie Loiseau a préféré plaider l’ignorance, arguant avoir voulu « faire plaisir à un copain » et « n’avoir pas perçu » la couleur politique des membres de la liste. Une chic fille serviable un peu candide, en somme… Mais qui n’était pas en CAP de coiffure. Qui, préparant l’ENA, devait quand même connaître deux ou trois bricoles en matière politique. Qui sait si, aujourd’hui, toujours aussi obligeante et écervelée, elle ne veut pas faire plaisir à un autre copain ? Comme le remarque finement Dominique Jamet sur son compte Twitter, « ça va être un choc terrible pour elle quand elle découvrira dans 40 ans qu’en 2019, elle était tête de liste de M. Macron ».

François-Xavier Bellamy, en bon chrétien, se montre magnanime et n’enfonce pas la dame. « Je ne lui en ferai pas le reproche, je crois que chacun peut avoir son itinéraire, mais ça oblige à un peu d’humilité et un peu de simplicité. » À bon entendeuse, salut. Plus de posture de pharisienne qui tienne. Les geeks archivistes qui sévissent sur la Toile n’ont pas mis longtemps à exhumer cette minute gênante face à Marine Le Pen lors de « L’Émission politique » : « Ce que j’ai hérité de mon père, c’est la détestation de l’extrême droite. » Fleur d’épine, fleur de rose… on fredonne dans les rangs : « Ne fais donc pas tant la fière, on t’a vue hier au soir… »

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