Editoriaux - Politique - 21 juin 2019

Municipales, alliances locales : le RN a-t-il les moyens de ses ambitions ?

Ses bons résultats aux dernières élections et l’effondrement des Républicains fait penser au RN qu’il a une responsabilité historique dans la recomposition politique, et donc dans la reconstruction de la France. Toutefois, au vu de son organisation interne, locale et nationale, est-il en mesure d’agréger des personnalités, des forces autour de lui et de former une grande coalition salvatrice ?

Il y a, au RN, un problème de maillage territorial. Or, celui-ci est capital lors des enjeux municipaux, particulièrement si l’on souhaite réaliser des unions locales.

Il est nécessaire, pour cela, de dynamiser la vie des fédérations, tant au niveau départemental qu’au niveau des cantons et des petites communes, afin de mailler l’ensemble du territoire, d’avoir des viviers de candidats qui font parfois défaut et rendre attractif le mouvement aux cadres/militants d’autres mouvements en phase de déclin. Un grand mouvement se doit d’avoir partout des responsables de départements, de cantons, des référents par commune, autonomes, installés, connaissant les territoires, pouvant discuter avec des barons locaux d’autres mouvements, notamment LR et/ou divers droite.

De même, il est capital d’avoir un réseau d’élus qui connaissent les dossiers locaux, ont une visibilité médiatique. Or, le RN a précisément, jusqu’à présent, un mal fou à garder ses élus sur le long terme, de telle manière qu’il faut en permanence en réinvestir de nouveaux, ce qui pénalise l’organisation des élections. Mais, là encore, les unions potentielles en raison de profils inconnus investis, au détriment de personnalités qui, au fil des années, auraient appris à se connaître et à travailler ensemble.

La Lorraine illustre bien ces lacunes territoriales : démission des cadres historiques (Jean-Luc Manoury à Pont-à-Mousson, Thierry Gourlot à Metz), manque de dynamisme de la fédération de Moselle depuis sa prise par Florian Philippot et ses proches (malgré les fiefs d’Hayange et de Forbach) ou encore démission des anciens candidats à Nancy (Pierre Ducarne) et Thionville (Hervé Hoff) en raison des atermoiement idéologiques du parti.

Pour gérer, demain, des collectivités, des gens en mesure d’exercer des mandats et tenir des majorités sont indispensables : avec ses élus qui partent, le plafond de verre auquel il est confronté, l’absence d’enracinement du parti dans les territoires, le RN a-t-il les ressources humaines en interne ? Met-il en place les formations nécessaires destinées à l’ensemble de ses cadres, élus, militants ? C’est aussi cela qui rend un mouvement attractif aux cadres d’autres mouvements.

Enfin, le RN a pris l’habitude, en raison du cordon sanitaire, d’être dans un corner politique, l’éloignant des discussions concernant la formation d’exécutifs ; il s’est donc cantonné au rôle d’opposant. Saura-t-il, demain, mettre en place, localement et nationalement, des espaces de discussion, de dialogue, avec des concurrents proches de lui, des membres de la société civile, ainsi que ses adversaires le font ? Cela aurait pour mérite d’installer, partout en France, des centres de diffusion d’idées, où des initiatives seraient prises et auraient un écho.

Le RN ne peut plus se permettre d’être une opposition tonitruante. Il doit arriver à maturité, avoir un réseau, des cadres formés, des fédérations vivantes. Faute de quoi, aucune personnalité ne se risquera à le rejoindre.

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