Des circassiens organisent une manifestation devant le ministère de la Transition écologique, ce mardi, en signe de protestation contre les annonces de Barbara Pompili. Nous avons rencontré Mike et Pascale Freeman, artistes free-lance ayant parcouru les routes du monde entier pour présenter leurs numéros de dressage de chiens dans des cirques. Sixième circassien de sa génération, Mike évoque cette histoire de transmission depuis son arrière-grand-père, lord George Sanger, qui s’était produit devant la reine Victoria. Aujourd’hui, le couple dénonce les contradictions de cette nouvelle interdiction portée par les courants animalistes.

« En interdisant les animaux sauvages au cirque, on prive le cirque de sa raison d'être : c'est le seul spectacle vivant où l'homme et l'animal sont réunis dans une création artistique », explique, au Figaro, Christian Hamel, président du Club du cirque, inquiet de « la disparition d'une culture, d'une tradition et d'un savoir-faire ». Partagez-vous cette inquiétude ?

Nous ne comprenons pas pourquoi le cirque est comparé à la corrida où l’animal est mis à mort. Tout le monde est mis dans le même sac. Le cirque, c’est avec les animaux, il y a besoin de la sciure, de l’odeur, du rapport homme-animal, mais dans de bonnes conditions. Si vous observez au Botswana, il n’y a pratiquement plus d’éléphants, au Kenya pratiquement plus de lions… Nous avons plus de lions dans les cirques qu’en Afrique ! Ce qu’il faut, c’est éliminer les mauvais, car il y en a comme partout, et garder les bons.

Que vont devenir ces animaux sauvages de cirque ? Vont-ils être relâchés dans la nature ?

C’est bien là la question. Prenons l'exemple du Mexique. Ils ont repris 3.000 animaux de cirque, 80 % d’entre eux ont été euthanasiés. Si tous les lions sont interdits d’activité, le risque est de voir une mafia émerger et les proposer à des chasses moyennant finances. Un lion remis en dans son espace naturel, c’est magnifique, mais ce n’est pas possible. Un vieux lion, plus personne n’en veut, il est à craindre que la plupart soient euthanasiée. Et où iront les dompteurs qui ne pourront plus travailler en France ? Dans des pays de l’Est où il n’y a aucun respect de l’animal. Même s’ils souhaitent respecter leurs animaux, les conditions de travail les en empêcheront.

Derrière cette interdiction se cache le combat animaliste et antispéciste. Les dresseurs maltraitent-ils leurs animaux ?

Si l’on considère que les animaux sont mis en situation d’infériorité, si l’on a cette vision dégradante, alors oui, il faut cesser les cirques avec les animaux. À l’inverse, nous pensons que l’animal sur la piste est mentalement engagé et se trouve dans une relation de coopération avec le dresseur. Nos animaux voyagent, ils sont occupés. Les animaux de cirque vivent plus longtemps que les animaux en captivité dans les zoos, preuve qu’ils ne sont pas si maltraités que cela. Étant issus de plusieurs générations de cirque, nous avons observé des pratiques contestables chez certains. Le problème c’est qu’en niant ce fait, les gens du cirque ont perdu la confiance du public. Si nous avions réglé cette question en interne en faisant cesser ces malveillances, et en empêchant les personnes concernées de retrouver du travail dans les cirques, nous n’en serions pas arrivés là. Alors qu'en réalité, dans la grande majorité, les dresseurs sont attachés à leurs animaux, ils prennent énormément de temps avec eux pour ne pas les stresser. Il devrait y avoir des règles raisonnables qui devraient être appliquées. Enfin, nous ne comprenons pas ce que vient faire le ministère de l’Écologie dans cette affaire alors que nous dépendons du ministère de la Culture. C’est à Roselyne Bachelot de dire quelque chose. Barbara Pompili a choisi un timing extraordinaire, elle a parlé de l’enfermement des animaux, les gens se sont vus confinés. On reparle d’un éventuel confinement, la stratégie est formidable ! Le ministère de l’Écologie devrait s’occuper de la préservation des sols, du réchauffement climatique, des élevages intensifs, mais pas nous régir chez nous au cirque. C’est comme si on demandait au ministère des Transports d’aller vérifier l’hygiène dans la restauration !

Le monde du cirque a déjà souffert de la crise sanitaire. Quels seront les impacts d’une telle mesure, selon vous ?

Cette annonce a permis un coup de publicité et suscité un véritable engouement. Pour l’instant, les cirques présentant des animaux sauvages connaissent une grande affluence. Les spectacles sont pleins, les gens viennent voir les animaux. Il y a cent ans, c’était les éléphants qui montaient les chapiteaux, c’était pour eux une occupation merveilleuse car ils ont besoin de se dépenser physiquement quand ils n’ont pas de grandes marches. Aujourd’hui, si l’on faisait pousser une remorque par un éléphant, ce serait un tollé général ! Alors que laisser un animal seul toute la journée pour aller travailler est une forme de maltraitance évidente. Il y a une vraie méconnaissance de ces sujets et pas mal de contradictions dans l’esprit des gens.

N’est-on pas en train de vouloir renverser l’ordre des choses avec ces revendications et vouloir placer l’animal au même rang que l’être humain ?

Il faut rester les pieds sur terre, donner autant d’amour que l’on peut aux animaux, mais sans penser pour eux au risque de tomber dans l’anthropomorphisme. Il semble plus facile de persuader l’opinion publique qu'il y a des maltraitances animales et installer le doute dans les esprits que l’inverse. C’est humain, les informations négatives nous touchent plus que les positives. Il faudrait une rééducation massive pour retrouver du bon sens et remettre les choses en place. Contrairement à nous, circassiens, les animalistes ont un discours et une communication très bien organisés. Comment faire comprendre aux gens qu’il faut avoir les bons éléments en main avant de nous imposer d’arrêter de travailler avec nos animaux ?

Entretien réalisé par Iris Bridier.

6 octobre 2020

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