Culture - Editoriaux - Musique - People - 26 janvier 2019

Michel Legrand et les moulins de son cœur

Le 8 novembre dernier, Francis Lai nous quittait. C’est, aujourd’hui, au tour d’un de ses illustres collègues, Michel Legrand, de tirer sa révérence, à 87 ans. Le legs cinématographique du défunt a de quoi donner le tournis : trois Oscars pour L’Affaire Thomas Crown, de Norman Jewison, Un été 42, de Robert Mulligan, et Yentl, de Barbra Streisand. Sans oublier trois César pour Atlantic City, de Louis Malle, Les Uns et les autres, de Claude Lelouch (en collaboration avec Francis Lai), Paroles et musique d’Élie Chouraqui. En tout, plus de deux cents musiques de films… Nous sommes loin du record détenu par Ennio Morricone, avec plus de cinq cents bandes originales, mais voilà qui force tout de même le respect. De fait, il était peut-être le Français le plus connu à l’étranger, loin devant Charles Aznavour.

À l’origine, Michel Legrand est un jazzman. Il apprend l’art de la composition avec la grande Nadia Boulanger, dont Quincy Jones – célèbre, entre autres, pour avoir produit le Thriller de Michael Jackson – fut l’un des élèves. Pianiste surdoué, on lui doit également le premier disque de rock enregistré en France, en 1956 : “Rock and Roll Mops”, signé Henry Cording and His Original Rock and Roll Boys. Derrière cette raison sociale farfelue se cachent l’écrivain Boris Vian, le chanteur Henri Salvador et Michel Legrand, ici « Mig Bike », anagramme de « Big Mike », le surnom qui lui a été donné lors de sa dernière tournée américaine, durant laquelle il enregistre avec (excusez du peu) Miles Davis, John Coltrane et Gil Evans. À l’origine, “Rock and Roll Mops” n’est qu’un canular mais, devant le succès, la paternité de ce super 45 tours (quatre titres en tout, dont Mig Bike en compose trois) sera finalement revendiquée par ses auteurs. C’est, depuis, devenu un classique.

Plus sérieusement, Michel Legrand se fait connaître grâce à sa collaboration avec le cinéaste Jacques Demy. Ensemble, ils signent trois comédies musicales, Les Parapluies de Cherbourg, Les Demoiselles de Rochefort et Peau d’âne. Tout le style inimitable Demy et Legrand est là. C’est un univers à part entière. On adhère ou non. Pour les uns, c’est grandiose ; pour les autres, c’est rigoureusement inaudible et encore moins regardable. L’auteur de ces lignes serait plutôt à ranger dans la seconde catégorie.

En revanche, quand Michel Legrand délaisse l’opérette sur grand écran pour en revenir au jazz instrumental, domaine dans lequel il excelle, cela a déjà tendance à davantage faire l’unanimité. Ainsi, la musique qu’il signe pour Jamais plus jamais, vrai-faux James Bond d’Irvin Kershner, atteint-elle les cimes d’élégance de L’Affaire Thomas Crown et de sa chanson “Windmills of Your Mind“, plus connue en nos contrées sous son titre français : “Les Moulins de mon cœur”.

Pour un artiste aussi renommé que lui, Michel Legrand s’adressait finalement assez peu aux médias. L’un des derniers grands entretiens qu’il accorda fut pour Le Figaro Magazine, en juin 2013. L’occasion, pour lui, de déplorer : “Nous avons vécu quarante ans sous la dictature de Pierre Boulez…” On le voit, l’homme ne manquait pas d’humour.

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