Le multimilliardaire américain , après un suspense fait de stuc et de trompe-l’œil, vient enfin d’officialiser sa candidature à l’investiture démocrate, en vue de l’élection présidentielle de l’année prochaine. Sa motivation ? « Battre Donald et reconstruire l’ ».

D’où ces deux questions venant immédiatement à l’esprit : « battre  » est-il un objectif en soi, lorsqu’on dirige la première puissance mondiale ? Quant à « reconstruire l’Amérique », voilà qui tendrait à laisser penser qu’elle est, aujourd’hui, à l’état de ruines ; ce qui ne paraît pas exactement le cas, que ce soit en matière économique ou de politique intérieure comme extérieure.

Peu importe, Michael Bloomberg est précédé de la flatteuse réputation d’être une « belle personne », tel que dit chez les abonnés de Télérama. La preuve en est qu’après trois mandats de maire à New York, il donne au « camp du bien » tous les gages qu’il faut : pour le mariage homosexuel et l’écologie, contre le droit de fumer dans les squares et celui de porter une arme à feu.

Accessoirement, il est riche, à l’instar de son challenger. Sauf que la fortune du premier se compte en milliards de dollars et celle du second en modestes millions. Les deux candidats ont encore ceci de commun d’avoir bâti leur fortune alors qu’ils ne partaient de rien, ou presque. Le rêve américain dans toute sa splendeur étoilée. Mais il y a « riche » et « riche » ; soit toute la différence entre ceux qui ont la carte du « club » et ceux qui ne l’ont pas.

Pour autant, les similitudes s’arrêtent à peu près là. Car si Donald Trump est taillé d’un bloc, ce qui est à la fois un défaut et une qualité, au moins peut-on lui accorder une certaine constance dans ses empathies et ses détestations, lesquelles étaient déjà connues depuis la fin du siècle dernier et récemment commentées sur ce site.

En revanche, la personnalité de Michael Bloomberg paraît autrement plus sinueuse. En effet, et ce, alors que sa fortune personnelle devenait la neuvième au monde, cet ancien démocrate devient, en 2002, maire de New York sous l’étiquette républicaine avant de se revendiquer « indépendant ». Ce qui lui permet, en 2005, de briguer le même mandat tout en étant soutenu par l’intelligentsia médiatique de la côte est, New York Times (journal qui fait et défait les réputations) en tête.

En 2007, Michael Bloomberg rend sa carte du parti républicain pour, deux ans plus tard, à l’occasion de son troisième mandat à la tête de « la ville qui ne dort jamais », appeler à voter pour le candidat du parti démocrate à l’élection présidentielle, un certain Barack Obama.

À en croire le même New York Times, ces circonvolutions lui auraient coûté la coquette somme de 268 millions de dollars en campagnes électorales et autres spots publicitaires ; un pourboire, quand on se trouve à la tête d’un pactole de cinquante milliards de dollars.

Pour concourir aux prochaines primaires du parti démocrate, il entend dépenser cent autres millions de dollars. Le but, toujours le même que celui plus haut évoqué : « Nous ne pouvons pas nous permettre quatre années supplémentaires d’actions immorales et irréfléchies de la part de Donald Trump. »

On ignorait que le parti démocrate était à ce point sourcilleux quant aux dites « actions », qu’elles soient « immorales » ou non. Il n’empêche que la sortie du bois de Michael Bloomberg demeure tout, hormis « irréfléchie ». Parmi ses concurrents démocrates, Elizabeth Warren incarne la gauche sociétale, soit un épouvantail à électeurs ; tandis que le véritable danger à éradiquer, peut-être même avant Donald Trump, demeure Bernie Sanders, son équivalent populiste de gauche qu’on sait bien décidé à partir, lui aussi, en guerre contre le post-libéralisme et le turbo-capitalisme planétaire.

Pour résumer, l’entrée en piste de Michael Bloomberg contre ces deux populistes, l’un classé à droite et l’autre campant à gauche, n’est jamais que la revanche plus ou moins posthume du clan Clinton. Le peuple des électeurs, celui qui souffre de la s’y laissera-t-il tromper ? Rien n’est moins sûr. L’argent peut beaucoup, mais ne peut pas tout.

25 novembre 2019

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