L’Espagne, décidément, inspire la gauche française. Lors de la guerre civile, ils furent nombreux, se réclamant d’elle, à s’en aller épauler les forces républicaines espagnoles. Les velléités interventionnistes de Léon Blum ont, quant à elles, buté, à l’époque, sur l’opposition de la droite pour terminer en « non-interventionnisme ».

Tandis qu’une partie, difficilement chiffrable, des Catalans réclame aujourd’hui son indépendance, a repris, à son compte, le nouveau terme à la mode de la politique européenne. Lui aussi, donc, est désormais indépendantiste.

S’il est indépendantiste, c’est pour ne pas avoir à se revendiquer du souverainisme, déclare-t-il dans Les Échos, car il est « utilisé dans un sens nationaliste qui ne convient pas à notre façon de voir ».

D’ailleurs, l’indépendantisme du caudillo de la gauche française est à géométrie variable. Oui à l’idée de retrouver les leviers de commande confisqués par l’Europe, oui à la fin du dumping social, oui à « la sortie des traités, notamment des deux derniers budgétaires, qui sont les pires ». Mais non à l’idée d’un Frexit qui l’aurait rendu compatible avec et, dans une moindre mesure, avec Marine Le Pen. C’est probablement ce qui s’appelle « avoir des pudeurs de gazelle ».

Féru d’Histoire et doté d’une culture générale et politique tranchant avec les carences de la plupart de ses congénères, y est allé de sa comparaison historique : « À présent, nous voici plus proche du modèle du Saint Empire romain germanique que de la marche vers la République universelle à laquelle je rêvais. De plus, la France roule à contresens. En quoi serions-nous plus proches des pays baltes que nous ne le sommes des pays francophones de la Méditerranée comme l’Algérie, le Maroc ou la Tunisie ? »

Doit-on réellement le lui expliquer ?

Mélenchon, jamais à l’abri d’une contradiction, jusqu’à citer Thatcher (« I want my money back »), rejette l’idée que la France puisse continuer à être un contributeur net au budget européen : « Nous sommes l’un des derniers pays en procédure de déficit excessif, et dans le même temps nous versons 20 milliards au budget européen pour n’en récupérer que 14 milliards. 6 milliards de dons ! Cela s’appelle une dépense somptuaire. Payer des routes aux Roumains et des aéroports aux pays baltes, c’est utile, mais ce n’est pas dans nos moyens actuels. » On avait connu la gauche plus généreuse.

En fin stratège, le leader de La France insoumise s’essaie à une nouvelle stratégie politique : la « triangulation radicale ». Seulement, en se déclarant indépendantiste (pour ne pas avoir à revendiquer le souverainisme), Jean-Luc Mélenchon est en retard d’une guerre : c’est désormais de son que le peuple de France souhaite qu’on lui parle.

12 décembre 2017

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