Médecine rurale et gilets jaunes : même combat ?

Le Figaro a récemment publié une étude statistique montrant la corrélation existant entre le taux de mobilisation des gilets jaunes dans chaque département et les problèmes directement liés à des données économiques, sociales, socioculturelles ou sanitaires.

C’est ainsi que l’on s’aperçoit qu’on peut recouper cette carte avec celle des déserts médicaux. Des départements où l’on note une forte mobilisation des gilets jaunes, comme l’Ain, le Cher, la Dordogne ou l’Orne, par exemple, sont nettement en dessous (moins 33 %) de la moyenne nationale en ce qui concerne le taux de médecins pour 100.000 habitants.

La colère des gilets jaunes s’explique en grande partie par le fait que nous vivons maintenant dans une société régie par les lois débridées d’une économie libérale mondialisée, qui n’a pour but que de favoriser la consommation (pour faire tourner la machine au bénéfice d’une micro-société de privilégiés) au détriment des intérêts des individus isolés ou des groupes minoritaires.

Le monde médical ne pouvait pas échapper à ces bouleversements sociétaux.

L’avancée des technologies, surtout en matière de diagnostic, et l’irruption de nouveaux marchés liés à ces technologies, ainsi que la centralisation des lieux de soins qui aggrave l’isolement des usagers, ne pouvaient que déstabiliser un système déjà fragilisé par la pénurie de médecins.

Comment imaginer, aujourd’hui, qu’un jeune médecin aura envie de s’installer dans un village, déjà plus ou moins désertifié par l’absence de commerces de proximité et de services publics, et d’exercer la médecine comme le firent ses aînés (lorsque le médecin généraliste assumait tous les besoins sanitaires locaux, de la consultation à la permanence des soins 24 heures sur 24) ? Aujourd’hui, ce concept d’exercice a disparu et il faudra que le monde médical repense totalement le mode de distribution des soins en attribuant à des entités séparées tous les services qu’assurait seul un même individu : le médecin généraliste rural.

Mais en attendant qu’un tel système ne se mette en place, il risque de s’écouler un certain temps, et les populations de ces secteurs géographiques trouveront dans ce manque de prestations une raison de plus à ajouter à leur sentiment d’isolement et de laissés-pour-compte, d’une société qui ne veut pas s’adapter à leurs besoins.

Ainsi, de même que les revendications sociales et sociétales des gilets jaunes ne pourront aboutir qu’à condition que s’opère un changement de société, les améliorations et les modifications du paysage sanitaire et médical en région rurale ne pourront s’effectuer qu’à travers un changement radical de la conception de la distribution des soins, avec l’apparition de nouveaux concepts axés principalement sur les services rendus aux malades, et non sur le maintien de certains intérêts catégoriels, ou sur l’attrait de nouveaux marchés ayant davantage pour but la rentabilité financière que l’intérêt réel des patients.

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