Editoriaux - International - Politique - 9 janvier 2019

Matteo Salvini, Luigi Di Maio et les gilets jaunes : la revanche des lépreux !

À l’Élysée, chaque journée paraît être pire que la précédente. Il a l’air fin, le Président jupitérien ; surtout depuis l’entrée en lice des Italiens, Luigi Di Maio et Matteo Salvini, tous deux vice-présidents du Conseil. L’esprit facétieux de nos voisins transalpins n’étant plus à démontrer, voilà donc venu le temps de l’ironie ravageuse, d’autant plus ravageuse que sous-tendue par une rancune tenace.

Ainsi, il n’y a pas si longtemps, en juin 2018, à Quimper, Emmanuel Macron affirme : « Vous les voyez monter, comme une lèpre, un peu partout en Europe, dans des pays où nous pensions que c’était impossible de les voir réapparaître. » Trois mois plus tard, Pierre Moscovici, l’impayable commissaire européen, compare Matteo Salvini à un « petit Mussolini », ajoutant : « Au début, on sourit et on banalise parce que c’est ridicule, puis on s’habitue à une sourde violence symbolique et, un jour, on se réveille avec le fascisme. Restons vigilants ! La démocratie est un trésor fragile. » À quelques jours d’intervalle, c’est un autre commissaire européen, Günther Oettinger, qui époumone, à propos de la dette italienne : “Les marchés vont apprendre aux Italiens à bien voter.” C’est à l’élégance de leurs propos que l’on reconnaît les authentiques démocrates.

Tout cela n’étant pas tombé dans l’oreille de Beethoven, il était donc prévisible que le binôme populiste se rappelle au bon souvenir présidentiel. Luigi Di Maio (Mouvement 5 étoiles) : « Gilets jaunes, ne faiblissez pas ! » Matteo Salvini (La Ligue) : « Je soutiens les citoyens honnêtes qui protestent contre un président gouvernant contre son peuple ! » Il est un fait qu’aujourd’hui, même pour le plus prudent des commentateurs, il devient hasardeux de prétendre le contraire. Devant une sortie aussi pétulante, on attendait les duettistes Macron & Moscovici au tournant, eux dont le numéro les ayant rendus célèbres consiste à donner des leçons de bonne gouvernance à la planète entière et à ses proches environs. Là, rien, nada, nothing, niente et peau de zébu : l’Olympe ne répond plus.

Dans les médias français, on est à peine plus prolixe. À en croire L’Obs, la raison de ce silence n’est pas à chercher bien loin : “L’ambassadeur français, Christian Masset, s’est contenté de faire savoir discrètement et officieusement aux journalistes [français, donc, NDLR] que ce serait faire un cadeau aux deux amateurs péninsulaires de gilets jaunes que de protester formellement contre leurs propos.” D’où ce gag, toujours selon les mêmes sources : “Ce sont les Italiens eux-mêmes qui doivent procéder à leur recadrage. La presse s’est chargée de le faire ce matin.” Ce, avec une assez belle unanimité, tant il est vrai qu’en matière de conformisme niais, les médias de là-bas n’ont pas grand-chose à envier à ceux d’ici.

Sont-ils pour autant plus écoutés que les nôtres ? De récents sondages, relatifs aux prochaines élections européennes, laisseraient plutôt à penser que non. La Ligue emporterait 34 % des suffrages, soit deux fois plus qu’à l’occasion des élections législatives de mars 2018, et le M5S 26 %, accusant toutefois une baisse de 7 % par rapport au même scrutin. Les deux mouvements concourant séparément aux prochaines élections européennes, il y a donc surenchère populiste, “droitière” d’un côté, “gauchisante” de l’autre ; avec, en ligne de mire, la constitution d’un groupe eurosceptique à vocation majoritaire au Parlement européen.

Emmanuel Macron, champion malgré lui de l’Europe techno-libérale depuis l’annonce de la mise à la retraite prochaine d’Angela Merkel, se retrouve ainsi dans la position du repoussoir idéal pour tous les « lépreux » du Vieux Continent. Ses rêves de vieux jeune homme giscardien – celui qui entendait jadis rassembler deux Français sur trois – sont désormais devenus réalité. Il fédère enfin. Dommage que ce soit aujourd’hui contre sa propre personne et, pis encore, contre tout ce qu’il incarne.

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