était interrogée, ce jeudi matin, sur RFI, pour y commenter le rapport commandé à la fondation Jean-Jaurès sur les conséquences, pour les femmes, de la crise du coronavirus. La secrétaire d’État auprès du Premier ministre, chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes et de la Lutte contre les discriminations, en est sûre : le Covid-19 va renvoyer les femmes et les petites filles aux oubliettes du féminisme.

Le tableau est plus que sombre. En effet, si les hommes sont les plus touchés par les formes graves du Covid-19, les femmes en seraient les réelles victimes à long terme, rattrapées par les maux endémiques de leur condition : mariages forcés, violences sexuelles, inégalités économiques, difficultés d’accès à l’IVG…

Marlène Schiappa l’affirme : « Dans les périodes de crise en général et dans les pandémies également – et là, nous avons la conjugaison d’une pandémie et d’une crise économique mondiale -, ce sont les femmes et les petites filles qui vont en pâtir le plus fortement, et ce, partout dans le monde, sans aucune exception. » Et donc en France aussi.

La démonstration est simple : le confinement fait augmenter les violences conjugales et familiales qui font augmenter les mariages forcés et les grossesses précoces, et comme les écoles sont fermées, il n’y a plus rien pour y faire barrage… Vous trouvez ça un peu court ? Moi aussi. C’est le problème, avec notre ministre qui mélange tout, comme si la vie de la bobo parisienne était semblable à celle d’une gamine de Bangalore ou de Tombouctou.

Ainsi déplore-t-elle un peu partout « des attaques manifestes contre les droits sexuels et reproductifs de la part de mouvements politiques réactionnaires ». « En France, dit-elle, on s’organise contre cela, mais il peut y avoir des difficultés d’accès à l’avortement, soit parce qu’il y a une difficulté de transport […] ; il peut y avoir des dénis de grossesse, des effets psychologiques du confinement et de la pandémie sur les femmes […] des dérèglements de cycle chez certaines d’entre elles, ce qui fait parfois qu’elles peuvent mettre plus de temps à se rendre compte qu’il y a un début de grossesse ». Et, donc ? Il faut compter pour elles, mettre un gynécologue dans chaque foyer ?

Surtout, dit Marlène Schiappa, il y a un dangereux retour des stéréotypes, ce que les sociologues appellent « un réflexe conservateur ». C’est la tentation du « retour à la femme au foyer des années cinquante, une forme d’assignation à des rôles stéréotypés, cela, à la faveur à la fois du confinement puisque les femmes et les hommes au foyer, ça n’a pas le même sens historique ». Ben oui, figurez-vous qu’une étude commandée par le ministre à Harris montre que « dans 63 % des familles, ce sont les femmes qui ont fait la totalité des repas de la famille depuis le début du confinement ». Aïe aïe aïe…

Le confinement est, partout dans le monde, un facteur d’aggravation des inégalités économiques dont les femmes sont aussi les premières victimes, nous dit-on. En cause le travail « au noir » : « Beaucoup de femmes sont dans des emplois non déclarés (femmes de ménage, garde d’enfants etc.). Donc, ça renforce la précarité puisque, par définition, le travail non déclaré échappe aux cotisations et donc aussi aux mécanismes de sécurité. » Vrai sans doute, mais une fois de plus, mettre sur le même plan la situation d’une femme malienne à Bamako et à Montreuil n’a guère de sens.

Déconfinons donc et ça ira mieux ! Non, ce sera pire car « des agresseurs sexuels qui ont été en confinement en prison depuis des mois vont sortir. Et cela sera conjugué à un sentiment d’impunité. » Et là, gare à la « décompensation collective ». Qui ça, où ça ? En Inde, dit Marlène Schiappa, où une ONG « a constaté que la consultation de sites pornographiques se faisait à l’aide de mots clés de plus en plus violents et gore à mesure que le confinement avance ».

Et ça nous concerne ?

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