Marine Le Pen : “Un mouvement qui révèle un sentiment de déclassement et de dépossession”

Marine Le Pen réagit au micro de Boulevard Voltaire après les manifestations des gilets jaunes ce week-end.


Les gilets jaunes se sont mobilisés hier dans toute la France. Selon les estimations, le mouvement a mobilisé entre deux cent mille et un million de personnes.
Que pensez-vous de ce mouvement que vous aviez soutenu ?

Je pense que c’est un mouvement extrêmement profond. Il émane de ce que j’appelle le ‘’peuple central’’ et que d’autres appellent la « France périphérique ». C’est l’expression de la fin de la résignation de la part de gens qui cotisent et n’expriment qu’assez rarement lors désaccords avec les politiques qui leur sont appliquées.
Derrière ce mouvement, il n’y a pas seulement la hausse du carburant, mais une accumulation de décisions entraînant une baisse massive du pouvoir d’achat des Français. Il révèle un sentiment de déclassement et de dépossession. C’est à mon avis les deux éléments qui sont sous-jacents à ce mouvement populaire assez extraordinaire. Ce type de mouvements populaires, organisés ni par l’armée, ni par l’Église, ni par des partis politiques, ni par des syndicats, c’est assez nouveau.


Que ce soit Édouard Philippe, Benjamin Griveaux ou encore le ministre Lecornu, leur réponse a été unanime. Ils disent avoir entendu la colère, mais ne dévieront pas d’un pouce.
Êtes-vous surprise de la réaction du gouvernement ?

Cette déclaration est pour le moins contradictoire. S‘ils entendent la colère, c’est qu’ils en comprennent les raisons. S’ils en comprennent les raisons, ils doivent agir. Or, ils refusent de prendre en considération ces difficultés.
Je suis frappée par toute l’empathie dont fait preuve ce gouvernement pour tout ce qui est extérieur à la France. En revanche, il en manque totalement à l’égard des Français. La souffrance des Français ne les touche pas. C’est assez révélateur de la part de ces élites que François Bousquet appelle les élites ‘’kérosène’’ contre le ‘’populisme diesel’’. J’ai trouvé l’expression assez juste.
Ils ont intérêt à prendre des décisions, parce que je pense sincèrement que la situation de souffrance du peuple les poussera à ne pas abandonner leurs revendications.

On assiste à un mouvement protéiforme sans chef ni structure.
Le fait qu’il ne soit piloté par personne ne risque-t-il pas de provoquer des débordements ?
Si ce mouvement continue dans la durée, continuerez-vous à leur apporter votre soutien même si cela implique des débordements ou des victimes collatérales ?

Je ne suis pas d’accord. Il y a bien un point commun dans ce mouvement. C’est le peuple. Ils sont du peuple. C’est cela qui les unifie. C’est une révolte du peuple contre les élites. Ces élites sont insultantes et méprisantes à leur égard. Elles les brutalisent et les ruines. C’est le liant entre eux.
Nous allons bien entendu les soutenir, parce que les causes pour lesquelles ils manifestent ne semblent pas devoir ou vouloir être changées par le gouvernement. Nous allons donc les soutenir et je n’ai aucune raison de craindre le moindre débordement. Ce mouvement mobilise les gens qui travaillent, cotisent, élèvent leurs enfants et essaient de s’en sortir. Ils n’ont aucune volonté ni de casser ni de brutaliser. Objectivement, s’il y a eu des violences, ils en ont plutôt été victimes.

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