Audio - Editoriaux - Entretiens - Société - 27 mars 2019

Marcel Campion : “Violences au Mans : c’est dommage d’en arriver là quand des maires ne veulent plus d’une fête foraine !”

Au Mans, des forains se sont violemment opposés aux forces de l’ordre pour protester contre la décision du maire de les éloigner du centre-ville. En France, d’autres municipalités prennent la même décision. Raison invoquée ? L’insécurité. Réaction du “roi des forains”, Marcel Campion, au micro de Boulevard Voltaire.


Une journée de violence a eu lieu au Mans entre forains et force de l’ordre, suite à la décision de la mairie de localiser la fête foraine en périphérie de la ville. Cette situation est-elle une première en France ?

Ce n’est pas une première. Mais c’est dommage d’en arriver là. Une manifestation pourquoi pas, mais pas de la violence. Quand on regarde l’ampleur de ce qui s’est passé, je pense que nous nous sommes mal compris. Un seul blessé par grenade a été constaté. Il y a surtout eu beaucoup de mouvement, des feux et des choses comme cela.
Lorsque les maires ne veulent plus d’une fête foraine, ils l’envoient dans une zone industrielle. La fête foraine perd alors son intérêt pour la ville. C’est bien de manifester, mais pas dans ces conditions-là. Je me désolidarise de ces violences.


Délocaliser une fête foraine en périphérie, est-ce vraiment la condamner à mort ?

On a déjà eu des expériences similaires. Les forains ont accepté gentiment dans certaines villes, mais pas dans toutes. Il faut savoir qu’il y a 36 000 communes en France, donc 36 000 fêtes foraines.
Certaines villes ont voulu expatrier la fête pour la mettre dans une zone plus ou moins industrielle. Même si les fêtes foraines se sont adaptées, elles sont mortes.
Certaines villes ont fait l’essai de mettre en place des navettes pour s’y rendre, mais elle perd de son intérêt dès qu’elle sort de la ville. La fête foraine a du succès lorsqu’elle se trouve dans la ville. La population se déplace facilement.
Au moment des élections, nos élites ont tendance à utiliser la fête foraine pour gagner quelques électeurs de plus. Ensuite, ils expatrient la fête foraine en dehors. C’est dommage, parce que c’est quand même quelque chose qui apporte de la vie et de la joie dans une ville.
L’histoire du Mans est un peu particulière. Elle avait déjà été délocalisée et ensuite elle est revenue dans le centre. Cela aurait pu s’arranger autrement, plutôt que d’en arriver à la violence.


Stephan Le Foll, maire du Mans, a mis en avant que les fêtes foraines amènent certes beaucoup de joie, mais aussi son lot d’insécurité.

À Paris, il y a trois grandes fêtes foraines. La 1ere aux Tuileries, la 2e dans le Bois de Boulogne et la 3e dans le bois de Vincennes. Je n’ai jamais vu, ni dans les Tuileries ni dans le bois de Boulogne, une seule bagarre et aucune insécurité. En revanche, dans le bois de Vincennes, il y a un peu plus de turbulences. Mais depuis que la police est sur la foire, il n’y a plus d’insécurité. Si des bandes descendent dans le métro, on ne supprime pas le métro. On appelle la police pour s’occuper des bandes. Même si c’est très rare, des bandes des cités peuvent venir sur la fête foraine. Il ne faut pas l’imputer aux forains. Si parfois, il peut y avoir de l’insécurité, c’est que la ville laisse la fête foraine sans surveillance. Certains maires ne se soucient pas de la sécurité des fêtes foraines et mettent ensuite la responsabilité sur les forains.
La fête foraine est une entreprise. Il y a 30 000 entreprises qui génèrent 200 000 emplois. Personne n’est subventionné. C’est une usine qui fonctionne. Elle amène de la diversité et de la joie dans les villes.
Ces choses-là arrivent souvent. C’est dommage, parce que les choses peuvent se régler lorsque des gens de bonne volonté se mettent autour d’une table. Le monde forain est très inquiet en ce moment. Depuis quelques mois, une ordonnance est sortie avec une directive européenne pour mettre aux enchères tous les emplacements publics. Nous sommes en train de négocier pour qu’on nous enlève de cette histoire-là. Tous les autres pays européens n’ont pas impacté les forains et les cirques, alors que la France l’a fait. Cette situation énerve beaucoup de forains. Au niveau local, lorsqu’il y a un problème comme celui-là, les forains s’énervent un peu.

Comment expliquez-vous l’hostilité de ce que vous appelez les élites envers les forains ?

Ce n’est pas tous les maires, mais quelques-uns agissent en fonction des élections ou en fonction du copinage. La maire de Paris a copiné avec les gros organismes qui veulent prendre la place des forains. Cela s’est déjà produit au Bois de Boulogne par l’intermédiaire d’une filiale qui a pris les 25 manèges là depuis 50 ans avec des familles de forains. Maintenant, c’est la filiale de la Caisse des Dépôts qui s’occupe des manèges. Ces gens sont de connivence avec la maire de Paris. Avant d’être élue, la maire de Paris aimait bien les fêtes foraines, mais maintenant qu’elle est bien en place, elle ne les aime plus…
Je ne l’explique pas au niveau national, ce sont des cas isolés.
La fête foraine existe dans toute la France. Un sondage a été fait il y a quelques années, 93 % de la population aime la fête foraine et s’y rend. Il est un peu normal de faire de la résistance contre les quelques élites qui essaient de nous supprimer.

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