Très politiquement incorrect, ce Covid-19. Très « inégalitaire », sexiste, même, puisqu’il touche particulièrement les hommes et, parmi ces hommes, ceux qui cumulent des facteurs de comorbidité comme le surpoids, l’obésité et ce qui, souvent, les accompagne : l’hypertension, le diabète et les maladies cardiovasculaires.

Je me souviens de la une d’un numéro de Marianne, voilà une bonne dizaine d’années, sur ce nouveau phénomène. On y voyait, sous le titre « Hier, un “riche” en redingote, la panse tendue sous son gilet rayé et sa montre à gousset ; à ses côtés, un “pauvre” tout maigrichon. » Sur l’autre moitié de page, sous le titre « Aujourd’hui, un “riche” athlétique et mince ; à ses côtés, un “pauvre” obèse. » C’est, en effet, globalement la réalité de ce temps : ce sont aujourd’hui les classes aisées qui achètent en bio ou circuits courts, cuisinent, mangent frais. Aux autres les chariots emplis ras la gueule de malbouffe, plats tout préparés, sodas ultra-sucrés, pâtisseries de bas étage… et maladies y afférentes.

La nutrition saine est une éducation que nous avons oubliée, ignorée le plus souvent, dans nos mégapoles où il y a, certes, plus de bitume et de béton que de jardins potagers. Le business de l’alimentaire a fait le reste, conditionnant des millions de gens à engloutir ce qui les tue. On s’aperçoit, aujourd’hui, des ravages induits par cette « culture » de la malbouffe. Les États-Unis, champions en ce domaine, pourraient ne pas s’en remettre. Quiconque a sillonné un peu l’Amérique profonde le sait : il y a, là-bas, de véritables déserts alimentaires, des lieux où l’on ne peut se fournir ailleurs qu’à la station-service.

Le Covid-19 qui tue « de façon disproportionnée » les Noirs américains fait exploser à la face du monde cette réalité… au point que l’État de New York a préféré abandonner, cette fois, les statistiques ethniques. D’autres les ont maintenues, comme le rapporte 20 Minutes : « Dans l’Illinois, les Noirs représentent 14 % de la population mais 42 % des décès de l’épidémie. À Chicago, c’est 72 % des morts, alors qu’ils représentent moins d’un tiers des habitants : des disparités qui “coupent le souffle”, a dit le maire de la ville. » Pire encore : « En Caroline du Nord, 31 % des morts étaient noirs, contre 22 % de la population. En Louisiane, où se trouve La Nouvelle-Orléans, la disproportion est plus grande encore : 33 % des habitants sont noirs mais 70 % des morts l’étaient. » La situation surexposée des Noirs américains ne fait que révéler les failles d’un système où l’argent va toujours à l’argent. Dans un pays où les médecins vous demandent désormais de payer une forme d’abonnement à l’année pour vous conserver dans leur patientèle, il est évident que les gens cumulant des emplois de service mal payés et sans couverture sociale – c’est le cas d’une majorité de Noirs et d’Hispaniques – accèdent rarement aux soins.

Ajoutons à cela que l’obésité fait des ravages dans ces populations. Selon les études épidémiologiques, aux USA, « 39,8 % des adultes sont obèses et 31,8 % sont en surpoids ; l’obésité est aussi observée chez 14 % des enfants de 2 à 5 ans et chez 21 % des 12-19 ans. D’autres méthodes de calcul estiment même que 42 % des adultes américains sont obèses, dont 9 % en situation d’obésité sévère », ce qui rend leur prise en charge médicale encore plus compliquée. C’est un mal du siècle qui se répand aussi sur notre Vieux Continent, avec des conséquences identiques. Un article du Monde, rendant compte de l’étude lancée le 19 mars par le Réseau européen de recherche en ventilation artificielle (REVA), rapporte que, sur les 2.000 malades étudiés dans 195 services de réanimation, il apparaît que « 83 % sont en surpoids ou obèses, avec souvent une association avec un diabète ou une hypertension artérielle. Il s’agit, dans les trois quarts des cas, d’hommes et la médiane d’âge est de 63 ans. »

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