Editoriaux - International - 6 octobre 2019

Maduro fait mieux que Pinochet

Une vingtaine de morts par jour, c’est ce que le journal Le Monde appelle « un massacre au goutte-à-goutte »… On apprend, en effet, que mise en place en 2016 au Venezuela, la FAES (Fuerza de Acciones Especiales), branche de la police nationale, a depuis rayé 18.000 personnes du monde des vivants. Sans jugement et généralement sous le motif bien pratique de « résistance à l’autorité ». Ce sont des associations humanitaires telles que Human Rights Watch qui le révèlent, et on peut les croire puisque c’est sans la moindre vergogne que le ministère de l’Intérieur bolivarien lui-même confirme le chiffre.

Le plus extraordinaire n’est pas qu’une dictature socialiste pratique les exécutions politiques à grande échelle – elles le font toujours -, mais l’indifférence à peu près totale, confinant au silence, des grands médias face à cette tuerie de masse.

C’est le moment de rappeler qu’au Chili, en 17 ans de dictature, on impute 3.200 morts au régime d’Augusto Pinochet, si l’on en croit un article de L’Express en 2015, soit une « production » annuelle trente fois moindre que celle de Maduro. Ce seront toujours 3.200 morts de trop.

Avec l’aide des meilleurs économistes de la planète qu’il avait su s’adjoindre, le Chilien mit son pays sur la voie d’un miracle économique mondialement reconnu. Plus rare encore, ce dictateur abandonna le pouvoir de façon parfaitement démocratique, après un référendum perdu qu’il avait lui-même organisé.

Pourquoi l’image d’un Maduro, beaucoup plus sanguinaire et qui continue consciencieusement à ruiner son pays, est-elle aujourd’hui moins écornée que celle d’un Pinochet ? Au point qu’un Mélenchon, par exemple, soutienne sans état d’âme le régime bolivarien ?

Parce que dans la pensée de gauche, si dominante dans les médias mainstream, ce ne sont pas les actes ou les productions qui doivent servir d’instruments de mesure, ce sont les intentions. C’est le merveilleux avantage de l’utopie socialiste : elle n’est astreinte à aucune obligation de résultat. Comme le résumait plaisamment Jean-François Revel dans La Grande Parade, « le socialisme ne marche pas, mais que de gens merveilleux il a mobilisé ! Qu’allons-nous devenir sans cet idéal ? De toute façon le libéralisme est pire, c’est bien clair. Nous résignerons-nous à une politique lugubrement gestionnaire et pragmatique sans l’horizon sublime de l’espoir révolutionnaire ? »

Ce qu’avait déjà pressenti Gustave Le Bon : « Vivant dans les théories abstraites indépendantes des lois économiques, les socialistes peuvent promettre aux foules les paradis dont elles sont avides. Limités par des nécessités économiques inflexibles, les adversaires du socialisme ne sauraient faire les mêmes promesses, et posséder par conséquent le même prestige. »

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