Les propos d’ devant les caméras de BFM TV, qui a consacré un reportage à la gestion de la crise vue de l’Élysée, ont de quoi faire bondir. Sauf si on a compris que : a) Emmanuel Macron a toujours raison ; b) s’il y a des erreurs, elles sont toujours collectives ; c) nous sommes dans l’action, ce n’est pas le moment de regarder en arrière et nous allons de l’avant ; d) si Emmanuel Macron a tort, se référer au a). Une fois qu’on a bien assimilé ces quatre points, tout s’éclaircit et va pour le mieux.

Ainsi, il n’y a pas eu de pénurie de masques. C’est, en gros, ce que le Président répond, visiblement agacé et un peu embarrassé, lorsque la journaliste qui l’interviewe aborde ce sujet. Il y a eu des « manques », des « tensions », mais pas de « rupture », nuance. Et les choses sont dites avec des mots qui en imposent : « Il y a eu une doctrine restrictive, pour ne jamais être en rupture, que le gouvernement a prise et qui je pense a été la bonne. » Comme dirait l’autre, « puisque ces mystères nous dépassent, feignons d’en être l’organisateur ». Le personnel soignant, qui se revêtait de bric et de broc avec des sacs-poubelles ? C’était la simple conséquence de « manques », de « tensions », pas de « rupture ». Du coup, ça change tout.

Et c’est là qu’intervient le collectif. Très important, le collectif. Pratique, surtout. « Ayons collectivement l’honnêteté de dire qu’au début du mois de mars, encore plus en février ou en janvier, personne ne parlait des masques parce que nous n’aurions jamais pensé être obligés de restreindre la distribution de ceux-ci pour les soignants. » Personne ne parlait des masques en janvier ? Un peu quand même, non ? Agnès Buzyn, encore ministre, déclarait, le 28, au Figaro, que « nous avons des dizaines de millions de masques en stocks en cas d’émergence de virus ou de bactéries. En cas d’épidémie, nous distribuerions des masques, il n’y aurait pas besoin d’aller en pharmacie. » En février, idem. Olivier Véran, nouveau ministre de la Santé, déclarait à BFM TV, le 24, que « la France [disposait] de stocks massifs de masques chirurgicaux » au cas où « nous aurions besoin d’en distribuer ». Et en mars, la réalité explose. Le 19, Édouard Philippe déclarait : « S’agissant des masques, je peux d’ores et déjà répondre que notre objectif est de faire en sorte que cette ressource rare [les stocks massifs s’étaient donc transformés en ressource rare…] soit bien utilisée, ce qui n’est pas facile, en fixant une doctrine [nous y voilà] et en veillant à ce que chacun la respecte. »

Mais le pire, dans ce reportage, est plus loin et sur un tout autre sujet : l’Europe face à la crise. Des propos qui hésitent entre mauvaise foi et foi du charbonnier européiste. « On a vu des pays, tout de suite, fermer leurs frontières, se souvenir, au fond, qu’ils étaient des États-nations avant d’être européens. Et de considérer que l’Europe était sans doute une bonne chose pour toucher les crédits mais pas pour protéger. Je le constate, c’est comme ça que ça s’est passé. » Il fallait qu’ils fassent quoi, ces pays ? Qu’ils restent ouverts aux quatre vents comme la France jusqu’à très tard durant cette crise ? Par idéologie, par solidarité, « parce que c’est notre projet » ? Du reste, de quels pays parle Emmanuel Macron ? De ceux qui connaissent un nombre de morts bien inférieur à ceux qu’aura connus la France qui, sur ce sujet, n’a peut-être pas de leçons à donner.

Cet homme, avouons-le, a un sérieux problème avec les frontières. Il semble les détester lorsqu’elles sont nationales mais n’hésite pas à en recréer à l’intérieur du pays : la fameuse mesure des 100 kilomètres étant la plus emblématique. C’est sans doute pour cela qu’il n’hésite pas à dépasser les bornes. Sans vergogne.

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