Les élections européennes qui auront lieu au mois de mai 2019 vont-elles opposer ces deux personnalités emblématiques et aux convictions apparemment si contradictoires ?

On est fondé à le croire tant notre président de la République a cherché systématiquement à instaurer un clivage entre nationalistes et progressistes, conservateurs et populistes en ne cessant de se poser, avec une fierté ostensiblement revendiquée, comme le champion de la cause du progrès.

Apparemment il a réussi dans son entreprise d’opposition radicale puisqu’elle a été validée, mais à rebours, par le Premier ministre hongrois Viktor Orban – que trouve “personnellement sympathique” – affirmant qu’il y a “actuellement deux camps en Europe. Macron est à la tête des forces politiques soutenant l’immigration. De l’autre côté, il y a nous qui voulons arrêter l’immigration illégale”.

Le président de la République, sur sa lancée, en et en Slovaquie, a traité “d’esprits fous” les contempteurs de l’Europe en Hongrie et en Pologne, leur reprochant de cracher sur ce dont ils avaient bénéficié. La charge est rude et sans doute maladroite.

Emmanuel Macron est passé d’une diplomatie de l’empathie dans les débuts de son quinquennat – avec Donald Trump et sans résultats tangibles – à une stratégie du parler vrai voire brutal qui peut donner l’impression d’insulter des gouvernants validés par leur peuple. Ils risquent, à force, de questionner Emmanuel Macron sur sa légitimité à les dénoncer au nom d’un Bien européen quand la et lui-même ne peuvent en définitive invoquer que le verbe et les bonnes intentions .

Il me semble que l’alternative éthique privilégiée par le président en matière européenne – je suis moral et les autres ne le sont pas – est dangereuse parce que les élections de mai 2019 pourraient bien placer sa cause en minorité et ainsi entraîner un bouleversement radical : un gouffre aurait été délibérément annoncé entre les tenants d’une Europe humaniste et ceux d’une Europe réaliste. Entre deux philosophies de l’Europe. La défaite de celle qualifiée de généreuse aurait des conséquences redoutables. Parce qu’on aurait réussi à faire croire que le Bien serait le triomphe d’une Europe authentique alors que le Mal serait nécessairement son tombeau. Le cœur serait touché.

En revanche, si le débat en restait au registre politique, impliquant non pas une démarche de dénonciation et de mépris mais de compréhension et de dialogue, appréhendant les stratégies des États et leur rapport aux comme leur droit à user de leur liberté et de leur indépendance, constituant l’Europe comme une matière vivante et non un article de foi, même avec un consensus imparfait la victoire d’un camp sur l’autre en 2019 ne serait pas une déroute pour l’essentiel de la cause européenne.

Il est évidemment confortable d’être généreux sur le dos des peuples étrangers et de donner des conseils à proportion, peu ou prou, de ses propres impuissances.

Face au généreux Macron, Orban le brutal n’a pas le beau rôle même si les devraient s’autoriser à être moins simplistes au sujet de ce dernier : la Hongrie est par exemple le pays qui accueille le plus d’ étrangers en Europe.

On oublie l’histoire particulière de ces nations si longtemps opprimées sous le joug communiste et qui probablement en ont acquis aujourd’hui une conception plus stricte et exigeante de leur identité. Elle est discutable si on veut mais absolument pas honteuse. Et elle ne devrait pas faire rougir le front des démocraties classiques !

Durant son périple en Slovaquie et en République tchèque, Emmanuel Macron a pourtant déclaré qu’il ne fallait plus faire la morale mais combattre techniquement et politiquement. On attend toujours qu’il le fasse.

Il a, en rappelant les avancées du en France et sur le plan européen, mis en garde ses interlocuteurs contre le danger à venir : avec son clivage entre progressistes et populistes, il l’amplifie. Se méfier des peuples est la pire des solutions.

Une synthèse entre le généreux Macron et le brutal Orban serait bienvenue.

29 octobre 2018

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