La bouille de bébé triste d’Alain Duhamel trône au-dessus d’un de ses derniers tweets où il prédit “les populismes et les nationalismes progressent […]. Si les partis « antisystème » se renforcent cet automne en Italie, Paris, Berlin et Bruxelles devront affronter l’une des pires crises de l’histoire de l’Union européenne.” 

Cher Alain, je tiens à dérider votre front soucieux. L’« histoire de l’Union » nous apprend tout autre chose.

Il fut un temps où l’ était une petite et sage qui avançait à « petits pas » sous l’œil bienveillant de tonton Robert (Schuman). Il est vrai qu’elle n’était composée alors que de six pays de taille modeste : la Hollande , le Luxembourg, la Belgique, l’Italie, la France, et une deux fois moins grosse qu’aujourd’hui. 

Depuis, elle a quadruplé de volume, se sont adjoints vingt-deux autres pays. Et là, elle a pris la grosse tête. Après trente-cinq ans de politiques communes modestes – l’, les , la production de charbon et d’acier, la conquête spatiale, le contenu des confitures et la situation juridique du travailleur migrant -, voilà que, depuis l’« acte unique » de 1986, elle se transforme à toute vitesse, touche à tout, uniformise à tour de bras.

Petite grenouille préoccupée avant tout d’empêcher l’Allemagne de nous déclarer une 4e guerre, elle a voulu devenir plus grosse que le bœuf et se muer en super-État. Comme les États-Unis.

Mais les vingt-huit “États-Unis” d’Europe n’ont pas la même langue, pas les mêmes coutumes, et la plupart d’entre eux, même les plus petits, ont possédé de vastes empires.

On ne peut en faire les Länder d’un nouvel empire d’un claquement de doigts.

La seule chose qu’ils ont en commun, c’est le , mais cela, l’Union en a plutôt honte. Cachez ces croix qu’on ne saurait voir ! Les voiles des bonnes sœurs s’effacent derrière ceux des musulmanes, le carême derrière le ramadan et les femmes dénudées des plages derrière les burkini, façon combinaison de scaphandrier. 

Croyez-moi, cher Alain, votre moue dégoûtée d’habitant du 7e arrondissement n’y changera rien : les gens veulent vivre tranquilles chez eux et garder leurs coutumes. On peut appeler ça une « crise ». On peut aussi appeler ça de légitimes revendications.

Ils veulent, comme l’a dit un jour une de vos élues, Rachida Dati, que l’Europe “s’occupe de ce qu’elle a à s’occuper”.

“Qu’elle règle la concurrence entre les entreprises, subventionne nos agriculteurs, réglemente la pêche. Mais qu’elle n’oblige pas nos villages à accueillir des cohortes de “”, nos à célébrer des mariages entre gens de même sexe, nos cafés à interdire de fumer, les automobilistes à passer des permis à points vite caducs, et les contribuables à payer des pour financer la fonte des glaciers, la mort de l’ours blanc ou la disparition de certains oiseaux”, me dit mon voisin, très remonté.

Je lui fais alors remarquer que le permis à points n’existe pas en Belgique, que la vitesse sur autoroute est libre sur les autoroutes en Allemagne, que la Pologne ne reconnaît pas le mariage gay, que la Hongrie n’accepte pas de

Il est stupéfait.

“Alors, en fait, Bruxelles a bon dos, c’est çà ?”
“Elle a bon dos, en effet, et aussi une majorité qui rêve en effet d’étendre toutes ces mesures à un territoire européen devenu un seul État fédéral.”

Je crois que, pour la première fois de sa vie, mon voisin ira voter aux européennes l’an prochain. Il me lance, en partant, “Avanti popolo !”. Allez savoir pourquoi…

1 juin 2018

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