Armées - Editoriaux - 8 décembre 2019

L’OTAN face au terrorisme islamiste

Suite et fin de l’article publié hier.

On entend que l’ n’est pas adaptée à la lutte contre le terrorisme. Le terrorisme n’est pas un ennemi ; c’est un moyen d’action. L’ennemi, c’est l’islamisme. Donc, là encore, demi-vérité. L’Occident (compris au sens large, incluant la Russie) est bien l’adversaire de l’islamisme maintenant comme il l’était du communisme. Ce qui est vrai, par contre, c’est que les moyens pour faire face aux terroristes ne sont pas les mêmes que pour affronter des armées traditionnelles.

Il y a donc une dichotomie profonde. L’ouest de l’Europe privilégie une défense contre les terroristes et considère la menace classique comme secondaire ; l’est de l’Europe, au contraire, privilégie une protection contre une résurgence de l’hostilité russe et considère la menace terroriste comme secondaire. Et c’est compréhensible. Le laxisme dans le domaine de l’immigration à l’Ouest enrichit constamment le terreau dans lequel se recrutent les terroristes, alors que la lucidité et la rigueur à l’Est ont empêché sa création. D’où les attentats à répétition à l’Ouest et, jusqu’ici, rien à l’Est. Les soucis ne sont donc pas les mêmes. L’Ouest a créé les siens ; l’Est subit les siens.

Même dans la lutte contre les terroristes, dans des actions limitées comme notre intervention au Sahel, nous avons recours aux renseignements de l’OTAN, donc principalement américains, à l’appui tactique parfois de leurs forces spéciales ; nous avons besoin des soutiens européens, certes bien trop chichement mesurés jusqu’ici, mais aussi nous louons des moyens logistiques étrangers, ukrainiens entre autres, en particulier dans le transport aérien, Et malgré cela, la situation s’aggrave. Qu’en serait-il dans des opérations de plus grande envergure ? Et cela restera ainsi demain pour la France, compte tenu de la modeste dépense que nous consentons pour notre défense et qui nous interdit de combler ces lacunes. La France n’a pas et n’aura pas, même à terme, les moyens d’une totale indépendance militaire avec le budget que nous consacrons à notre défense. Ce n’est simplement pas possible.

Malgré tout, certains souhaitent forcer notre sortie de l’OTAN, escomptant que dépouillée de toute cuirasse, l’Europe trouverait enfin, par peur finalement, le courage et les ressources pour constituer une force efficace. On se jetterait à l’eau pour apprendre à nager, en quelque sorte. Mais il faut bien savoir que, pendant toute la période de construction d’une autre défense, nous serons nus ; pendant longtemps, dix ans, vingt ans peut-être. Nous serons vulnérable comme le bernard-l’hermite quittant une carapace pour une autre. Peut-on jouer notre sécurité au poker ?

Quant à la création d’une armée européenne, idée intellectuellement séduisante, souhaitée par notre Président, c’est une pure utopie. L’Europe, à part sur le plan économique, n’existe pas, n’a pas de chef, pas de diplomatie commune. Et sans cela, il ne peut pas y avoir d’armée commune. Par contre, et cela existe depuis toujours, il peut y avoir des alliances. C’est justement le cas de l’OTAN. Le costume ne nous va plus ? Alors, retaillons-le ; mais ne nous déshabillons pas tant qu’un autre n’est pas disponible. Si certains aspects du traité sont désormais inadaptés, on peut chercher à les modifier ; mais les Américains y consentiront plus volontiers si les Européens prennent enfin leur juste part de l’effort de défense.

Tant qu’on n’aura pas trouvé et créé de système plus convaincant, il faut s’y tenir. Mais les moyens de cette alliance doivent évoluer pour s’adapter à une double menace : terroriste et conventionnelle.

On ne jette pas son eau sale avant d’en avoir de la propre.

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