C’était une guerre pour la liberté, souvenez-vous. C’était en 2001. La France y allait pour chasser le régime des taliban. Ces « étudiants » (c’est le sens du mot taleb) qui rendaient la en commettant des meurtres devant des stades bondés faisaient sauter des sculptures millénaires et donnaient à l’islam, « de paix et de lumière », selon les mots toujours à propos de Jack Lang, les couleurs infernales d’un charnier géant.

Sous la houlette américaine, une coalition de l’ s’était constituée face à « l’axe du Mal ». Dès avant les propos récents des chefs politiques et militaires sur le retour de la haute intensité, la guerre reprenait déjà une partie de ses terribles droits.

Une centaine de soldats français sont morts là-bas ; on se souvient de l’embuscade d’Uzbin, en 2008, ou encore de l’attentat qui, il y a dix ans, presque jour pour jour, en juillet 2011, faucha une dizaine de commandos parachutistes. La vallée d’Alasaï, qui fut reprise par le 27e bataillon de chasseurs alpins, était l’un des verrous les plus disputés du petit territoire (Kapisa et Surobi) où notre était déployée. Or, par une atroce ironie du sort, les images d’un T-55 taleb qui viennent de faire le tour du monde ont précisément été tournées dans le bazar d’Alasaï, celui dans lequel les blindés français entrèrent, de haute lutte, il y a déjà plus de dix ans.

Les cyniques objecteront que l’Histoire est un éternel recommencement. Les révoltés enrageront contre l’inconséquence des guerres de l’ qui ne sont rien d’autre que les guerres de l’Amérique et qui consistent bien souvent à détruire, salir et créer de l’entropie avant de laisser la situation revenir à son pourrissement initial – mais en pire.

En essayant de trouver une voie médiane entre ces deux excès, on peut tout au moins être saisi d’une respectueuse tristesse, à l’évocation de tous les héros, morts, blessés ou traumatisés, qui ont laissé au « royaume de l’insolence » leur vie, leur chair ou une partie de leur âme.

Que reste-t-il de cet engagement qui a sans doute forgé une génération de soldats, alors que le régime s’apprête à basculer à nouveau dans le chaos ? Rien d’autre que le souvenir de l’honneur, rien d’autre que le silence, à couper au couteau, qui suit les sonneries aux morts.

Le temps politique est celui de la prochaine élection. Le temps géopolitique fait lentement glisser ses plaques tectoniques, parfois dans des directions insoupçonnées. Le temps de l’armée, lui, est celui d’une caste millénaire, celle des sacrifiés volontaires, qui peuvent offrir leur vie à leur pays un matin d’été ou lui consacrer le moindre battement de leur cœur pendant cinquante ans.

Loin des polémiques stériles, tout en constatant l’échec, sur le long terme, de l’intervention « otanienne », trouvons peut-être un moment, dans le silence précaire de l’hyperconnexion, pour rendre hommage en notre for intérieur aux sentinelles dont parlait Saint-Exupéry, celles qui y croient quand il n’y a plus rien à croire, celles qui sont « fidèle[s] quand il n’est plus à qui être fidèle ». L’oubli des vallées afghanes les a déjà recouverts. Pas le nôtre, espérons-le.

3 juillet 2021

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