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Voilà près de vingt ans que le courage de Jeannette Bougrab ne se dément pas. Pourfendeuse infatigable de l’ et patriote sans compromis, elle a fini par s’exiler en Finlande entre la mort de son compagnon Charb, tué par les frères Kouachi en 2015, et la fin 2018. Elle a parcouru les plateaux de télévision, avec un certain panache, pour dire avant tout le monde que l’islamisme était le nouvel avatar des totalitarismes du siècle dernier.

Après avoir dénoncé les compromis de la République sur son propre sol, elle s’intéresse, cette fois, à la guerre du Yémen, angle mort de la diplomatie mondiale. Peu d’entre nous sauraient démêler l’écheveau de ce conflit sanglant, dans un pays méconnu. Pourquoi une chape de plomb médiatique aussi hermétique sur des combats aussi barbares et meurtriers, dont l’ancien ministre a rencontré les orphelins ? Qu’ont fait les Yéménites pour ne mériter, à aucun moment, l’attention ou la vertueuse indignation de la communauté internationale ? La réponse qu’offre, preuves à l’appui, Jeannette Bougrab, est simple : parce que ce conflit met en lumière, sans contestation possible, le rôle central que joue l’ dans sa non-résolution. État agressif, comme l’a rappelé l’affaire Khashoggi en Turquie, mais aussi État soutenu par le bloc « otanien » pour d’obscures et contestables raisons d’équilibre régional, de vues à court terme et de dépendance énergétique, l’Arabie saoudite de Mohammed ben Salmane est aujourd’hui inattaquable, ce qui lui laisse les coudées franches pour déstabiliser ses voisins. Plus encore, ce livre met en lumière la mauvaise foi des gouvernements français qui se sont succédé et leurs ventes d’armements dans la région.

À chaque fois que Jeannette Bougrab ou d’autres, qu’elle cite, ont voulu enquêter auprès des autorités françaises sur le rôle exact que jouait Paris dans la guerre au Yémen, ou qu’elle a tenté d’alerter l’opinion sur le drame humanitaire qui était en train de s’y jouer, on lui a opposé des fins de non-recevoir de moins en moins polies.

Écrit avec sincérité et passion, abondamment documenté, le livre de Jeannette Bougrab, s’il n’évite pas toujours le pathos (ce qui est bien compréhensible), est accablant pour l’Occident, et singulièrement pour les derniers gouvernements français, mais aussi britanniques ou américains. Derrière la « realpolitik » tant recyclée, il n’y a, bien souvent, qu’un bon vieux cynisme de maquignon, dont Jeannette Bougrab a passablement assez. Il faut plonger dans le récit minutieux de cette crise et de ses coulisses pour comprendre tant d’autres conflits passés, présents ou futurs. Et rendre hommage à Mme Bougrab, qui ne s’est jamais laissée impressionner par le politiquement correct ou les renoncements du moment. Son père, harki patriote, ramené en France par son chef de corps, doit en sourire. Bon sang ne saurait mentir.

29 novembre 2020

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