[LIVRE] Rendre justice au sacrifice de nos soldats : La Pacification française du Maroc
Voici un ouvrage qui ne va pas plaire à tout le monde. Déjà, le titre ! La Pacification française du Maroc, 1904-1934. De quoi donner de l’urticaire à tous ceux qui ont décrété définitivement que le « colonialisme » est un crime contre l’humanité et que la France a tout fait tout mal là-bas. Des jugements sans nuances qui, d’ailleurs, reposent sur des connaissances plus qu’approximatives de l’enchaînement des faits qui ont conduit la France, à la fin du XIXe et au début du XXe siècle, à se lancer dans l’aventure coloniale. Connaissances plus qu’approximatives, aussi, de l’état des lieux de ces pays au moment où la France y intervint d’une façon ou d’une autre : colonisation en Algérie, protectorat en Tunisie et au Maroc.
Un livre qui évite le « piège de l'anachronisme »
Le Maroc, justement. Le lieutenant-colonel Rémy Porte, auteur de cet ouvrage qu’il vient de publier chez Lemme Éditions, est tout sauf approximatif dans le récit qu’il fait de cette « pacification » du Maroc. Historien militaire reconnu et auteur d’une trentaine d’ouvrages de référence, le lieutenant-colonel Porte s’en tient en effet aux faits, encore aux faits, toujours aux faits. Comme il le souligne dans son introduction, « les ouvrages sur la présence française au Maroc sont généralement soit systématiquement élogieux, soit toujours négatifs, dénigrant systématiquement l’action de la France dans le sultanat ». Alors que la mode actuelle penche plutôt pour la seconde tendance, on est heureux de trouver là un livre qui évite « soigneusement le piège de l’anachronisme, péché mortel de l’historien ».
Et pour ce faire, Porte s’attache à systématiquement replacer les événements dans leur contexte et à rendre la réalité vécue par les acteurs de l’époque. Comme, par exemple, les frères Tharaud, aujourd’hui tombés dans l’oubli et que Porte cite à travers ce passage tiré de Notre protectorat marocain, publié en 1930 : « J’ai vu les pistes et les routes s’allonger dans le bled, des villes naître, des ports s’organiser. Cela, sur le papier, c’est vite dit : cela s’écrit sur une ligne, cela se lit d’un seul regard. Mais sur le terrain, quel histoire ! Quelle volonté, quelle énergie, quelle imagination ! Quelle dépense de forces cela représente ! »
« Rendre justice » à nos soldats
Le lieutenant-colonel Porte, avant qu'il n'arpente les bibliothèques, les archives militaires et leurs longs couloirs d'étagères remplies de liasses de dossiers, fut d'abord un homme de terrain et, donc, il sait trop bien, comme on lui a appris dans les écoles militaires, que « c’est le terrain qui commande ». Pas les idéologies ! C’est dans cet esprit, en fait, que Rémy Porte a écrit ce livre qui est celui d’un « honnête homme », au sens classique du terme, mais aussi d’un soldat, d’un officier qui veut, à travers ce livre rigoureux et précis, « rendre justice » à ces centaines de milliers de soldats, français et marocains, engagés dans cette pacification au sein d’unités métropolitaines, de la Légion étrangère, de l’Armée d’Afrique, des troupes coloniales mais aussi dans les rangs de formations marocaines.
Cette pacification dura trente ans : de la conférence d'Algésiras (1906) à 1934, en passant par ce que l'auteur appelle « la parenthèse de la Grande Guerre » (au regard de cette pacification) puis la guerre du Rif (1921-1926). Une durée qu'on a peine à imaginer, de nos jours. Comme le souligne Rémy Porte, cela constitua « le plus important engagement militaire de la IIIe République ». Il s'agit donc pour lui de rendre justice à ces hommes en reconnaissant « leur éminente contribution à la naissance du Maroc moderne ». Parmi ces soldats, « tour à tour combattants et bâtisseurs », entre 1907 (débarquement de Casablanca) et 1934, plus de 8.500 (dont 620 officiers) furent tués au combat et environ 15.000 blessés. Là aussi, de nos jours, on a peine à imaginer un tel sacrifice.
Évidemment, la figure hiératique, tutélaire et prestigieuse du maréchal Hubert Lyautey est évoquée dans ce livre. Mais là encore, sans esprit hagiographique.
Pour conclure, le lieutenant-colonel Porte reconnaît que « rien ne fut parfait, des erreurs et même des fautes furent commises, mais la réalité du bilan s’impose et ne peut être oubliée ». Et il ajoute sagement : « Une approche manichéenne ou militante ne peut que nuire à des relations parfaitement pacifiées. » Des relations pacifiées, c’est, semble-t-il, aujourd'hui le cas entre la France et le Maroc. Avec le voisin oriental du royaume chérifien, c’est une autre histoire…
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19 commentaires
Merci à Georges MICHEL pour cette très honnête et très sympathique présentation de mon livre.
En regrettant certains commentaires sans doute trop rapides de la part de personnes n’ayant visiblement pas lu le livre (ejalladeau, théorie de la nation, etc.) : il n’a jamais été écrit ou dit que la guerre du Rif était la plus grande campagne de la IIIe République, il s’agit de la pacification du Maroc pendant 30 ans ; la Grande Guerre constitue bien une parenthèse dans le processus de pacification du sultanat puisque la priorité est alors légitimement sur le front de France ; de Bournazel n’est pas oublié, loin de là, il suffit de lire le livre ; les manoeuvres allemandes au Maroc jusqu’à la fin de la Grande Guerre font l’objet de plusieurs développements, etc.
De grâce, avant d’affirmer n’importe quoi de façon péremptoire, prenez le temps de lire… Merci.
REMY
J’aurais bien aimé que l’auteur de l’article nous rappelle en quelques phrases les raisons (ou les besoins de l’Etat français) de l’intervention de l’armée française au Maroc : la pacification pour qui ou pourquoi, qui semait le trouble dans ce pays pour que son chef fasse appel à au gouvernement français d’alors afin de rétablir l’ordre. Quelle était la menace ? On ne va pas « coloniser » un pays si c’est pour défendre l’état de droit ce son dirigeant et le rétablir dans sa place. Je pense que ce fut le cas pour le sultan du Maroc. Par contre, on le colonise pour des intérêts économiques profitables au pays conquérant. Là est la question. Ce qui est dommage pour les pertes humaines militaires, c’est d’avoir fait tout ça pour en arriver à la situation actuelle, que ce soit au Maroc ou dans toutes les anciennes régions dites « colonisées ». Nous sommes très loin de la reconnaissance que beaucoup de Français étaient en « droit » d’attendre au regard des énormes sacrifices humains mais aussi des investissements industriels ou en équipements sociaux, les ports, les hôpitaux, les écoles, les routes , les aéroprots, les gares et les réseaux ferrés. Tout ce qui faisait la richesse de ces pays.
L’histoire malheureusement appartient à la gauche , comme la plupart des médias .
Lisez donc Lyautey .
Relire ou lire absolument le Lyautey d’Alexandre Benoist-Mechin dans sa serie intitulee » Le reve le plus long de l’histoire « …Pour comprendre que les erreurs commises le furent , dans 99 % des cas , par des administrateurs civils et les hommes politiques de l’epoque .Je paraphraserai cette ordure de Clemenceau en disant » que la paix est une chose trop serieuse pour la laisser aux mains d’hommesvpolitiques civils « .
Pour être allée au Maroc il y a 20 ans, le français était bien accueillis par les Marocains qui semblaient avoir gardé un ressenti positif de ce qui n’était qu’un concordat et non comme en Algérie qui était un département français !! Comparer un Marocain à un algérien serait une idiotie, même s’il y a des bons et aussi certains mauvais illuminés, parmi les immigrés que nous recevons !!
Le plus important engagement militaire de la république c’est la guerre du Rif, et la » grande guerre » n’est qu’une parenthèse ?
Ce propos est un modèle « de rigueur et de précision » à l’image du livre ?
Je crois que vous faites semblant de ne pas comprendre ou alors vous avez mal lu !
L’auteur parle de la parenthèse dans le processus de pacification créée par la grand guerre et non pas que la grande guerre qui a fait un million quatre cent milles morts ne serait qu’une parenthèse au regard de la guerre du Rif qui a fait 8500 morts !
J’ ai visité un Casablanca moderne en 2014 . Au cours de mes déplacements à travers la ville , à chaque station du tramway se trouvait l’ historique du quartier complétée par des homages à la France .
On est bien loin de la reconnaissance que se devrait l’ Algérie .
Et pourtant la contribution de la France pour créer l’Algérie a été beaucoup plus importante .La plaine de la mitidja créée sur un immense marécage au cours de l’assèchement duquel plus de 300 travailleurs sont morts du paludisme alors que la guerre qui a conduit à la conquête n’était pas complètement terminée et des groupes de rebelles harcelaient encore les travailleurs .
Et à quoi cela a-t-il servi ? A ce que l’Europe soit maintenant envahie par des millions de Marocains dont une partie non négligeable est constituée de délinquants et de dealers ? Belle réussite en effet ! Mon arrière grand-père dirigeait la « Société Marocaine de Distribution d’Eau de Gaz et d’Electricité » et je pense que son travail a apporté beaucoup de bonnes choses au Maroc, mais malheureusement pas grand chose à la France… Le colonialisme n’était pas un « crime contre l’humanité mais on peut rétrospectivement affirmer qu’il était un « crime contre l’intelligence »…
J’ai séjourné un moment chez une amie marocaine et son père m’a dit : nous étions bien du temps des français. Vous êtes des gens très courageux.
Mon père avait fait Grande Guerre puis la guerre du Rif (1921-1926). Je possède des dizaine de photos antérieures à 1930 où l’on voit l’état misérable du Maroc avant le gigantesque effort français (les Algériens en étaient jaloux et les Marocains honnêtes le reconnaissent). Deux oublis : 1) le légendaire Bournazel (et l »Escadron Blanc’). 2) le rôle anti français de l’Allemagne au Maroc ( Hadj El Aleman). .
De toute façon, pour paraphraser un premier ministre anglais, la gauche ne croit à l’Histoire qu’elle a elle-même falsifiée.
Les statistiques des réécritures de l’histoire le montrent bien…
J’ai connu un homme qui à 18 ans à la fin de la grande guerre s’était engagé dans la coloniale et était en garnison dans le sud du Maroc face au féroces guerriers chleuhs était doté, alors que simple soldat, d’un pistolet pour usage personnel en cas de risque d’être pris tellement le sort réservé à leurs captifs faisait peur.
Et le roi Mohamed VI n’a t’il pas dit que « la France ne devait avoir aucune honte de sa pacification (ou présence ancienne) du Maroc »?
Un génie ce roi !
Mon grand père, poilu évadé durant la grande guerre, a eu à choisir, retourner au front ou partir au MarOc pour y travailler.
Ainsi il a passé entre un et deux ans à participer à la construction de routes. Chef de chantier il avait sous ses ordres des repris de justice et ce n’était pas facile.
De retour en France, il a continué un an dans la construction de routes… Là, il ne fallait pas dévier du tracé prévu, le paysan d’alors avait le fusil facile !
Faut le savoir ce sont les autorités Marocaines qui ont appeler la France a la rescousse pour mettre le pays en ordre………!!!
Merci de rappeler l histoire de la pacification du Maroc……Demander par les autorités Marocaines de l époque. pour sécurisé et faire entrer le pays dans l ére moderne ……….CQFD…