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Voici venu le temps des gens ordinaires

Le dernier essai du sociologue , Le Temps des gens ordinaires, reprend les idées-phares de ses précédents opus : l’analyse des fractures françaises entre deux camps qui coexistent mais ne se croisent guère, celui des élites et celui de la France périphérique. Mais s’il applique sa grille d’analyse à la France confinée, et il le fait avec justesse, il va plus loin. Et c’est réjouissant.

D’une plume rapide, parfois grinçante et d’un trait définitif, il fait d’abord justice des idéologies du progrès : l’écologisme, le multiculturalisme, la société liquide « qui n’est que l’habillage conceptuel des politiques libérales », l’impératif catégorique de l’ouverture à l’Autre sont autant de postures morales qui n’était qu’un prétexte à asseoir la domination des élites. Rappelant la chute culturelle de ces élites, passées de Chateaubriand et Proust à Sarkozy et Hanouna, il y voit la matrice de son entre-soi et l’une des causes de son aveuglement, de son incompréhension et de son mépris pour la classe populaire. « C’est parce que le monde d’en haut a tout abandonné, le bien commun, la souveraineté, l’identité, que les classes populaires s’autonomisent. »

On a tous à l’esprit cette image des infirmiers et des caissiers, des humbles, de ces gens ordinaires qui ont tenu le pays pendant le grand confinement et qui ont été applaudis par les élites : « Les partisans de la globalisation rendaient ainsi un hommage appuyé aux inutiles » dit-il.

Héroïsés, les gilets jaunes sortis à coups de Flash-Ball™ de la scène politique l’an passé, vilipendés, récupérés, atomisés par l’action conjointe de la classe médiatique et de l’extrême gauche, tous deux idiots utiles de la mondialisaton, sont rentrés par la fenêtre. Ils sont désormais, dit-il, un bloc populaire constitué et autonome, enfin visible. La réalité, la présence incontournable de ceux pour qui, « dans une société de moins en moins protectrice, leur capital social et culturel est tout ce qui leur reste ».

Le Brexit, expression, à trois reprises, de cette volonté populaire irrépressible de ne pas mourir, est pour Guilluy l’illustration parfaite de la fin de la mondialisation heureuse. Pour accompagner ce mouvement de l’Histoire, Boris Johnson a su abandonner le conservatisme thatchérien et la dureté de sa doctrine économique libérale pour, justement, conserver l’identité du peuple britannique. Les « anywhere », ceux de nulle part, ne pesèrent presque plus rien face aux « somewhere ».

Mais c’est surtout, dit-il, un événement majeur en ce qu’il inverse, qu’il révolutionne le sens de l’Histoire.

Le retour des classes populaires vu comme une effraction dans l’Histoire ,c’est, dit-il, le retour du temps long, de l’enracinement – une majorité de la population française vit dans son département d’origine -, « du bien commun et du collectif au centre des préoccupations ».

La société française ne retrouvera pleinement sa cohérence, dit-il, qu’en s’appuyant sur les classes populaires, et en préservant son homogénéité, notamment par la maîtrise de l’immigration. Le vrai monde d’après – pas celui proposé par les élites, utopie destinée à garder la main sur le peuple, à maîtriser la narration des événements – ne peut être que local, national et populaire.

On souhaite qu’il voie juste, qu’il ne pêche pas par naïveté : malheureusement, les classes populaires fragilisées, précarisées par le premier confinement, le seront bien plus par la folie du second. Il ne faudrait pas que la rage du désespoir brise cette dynamique populaire. Et on comprend encore moins la gestion de crise du gouvernement, qui ressemble de plus en plus à une stratégie du chaos.

17 novembre 2020

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