Editoriaux - Santé - 5 octobre 2019

Bientôt une ordonnance pour acheter de l’aspirine ?

L’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) souhaite qu’à compter de janvier 2020, les produits contenant du paracétamol, de l’aspirine et certains anti-inflammatoires ne soient plus en libre-service dans les pharmacies, mais délivrés par un professionnel, afin de renforcer le rôle de conseil du pharmacien et de sécuriser l’usage de ces médicaments.

Dans une société qui se méfie de tout et qui se veut ultra-sécuritaire, il est étonnant qu’ils puissent être en libre-service comme le dentifrice où les shampooings, car ces médicaments peu ou pas dangereux dans le cadre d’une utilisation contrôlée peuvent s’avérer toxiques voire mortels lors d’un usage abusif ou inapproprié.

Le paracétamol (Doliprane™, Efferalgan™, Dafalgan™, Fervex™, etc.) peut entraîner des atteintes hépatiques et rénales gravissimes si on dépasse les doses prescrites, et une récente étude anglaise révèle que la prise régulière de paracétamol peut également augmenter le risque de maladies cardio-vasculaires. Pourtant, ce médicament antidouleur et antipyrétique jouit, auprès du public, d’une réputation d’innocuité largement entretenue par les laboratoires, la presse grand public, souvent les médecins eux-mêmes, et dans certains services d’urgence, les malades reçoivent dès leur entrée une perfusion de paracétamol avant même tout examen médical !

Les anti-inflammatoires présentent également des dangers s’ils sont mal utilisés, tout comme l’aspirine qui, bien qu’elle possède souvent une efficacité supérieure à celle du paracétamol, peut faire l’objet de contre-indications ou de précautions d’emploi.

Cette proposition (car ce n’est encore qu’une proposition) vise à mettre un peu d’ordre dans la distribution des médicaments, et on ne peut que s’en féliciter, mais il y a encore beaucoup à faire en ce qui concerne la distribution et le prix des médicaments.

Comment expliquer, en effet, que certains d’entre eux, délivrés sur ordonnance, sont remboursés, alors que le même produit, sous un autre nom et en accès libre, est plus cher et non remboursé.

Comment expliquer, aussi, les différences de prix parfois très importantes pour un même produit selon la présentation ; la même molécule peut être vendue à des prix extrêmement différents, selon le mode de conditionnement (le prix de la loméfloxacine 400 mg varie du simple au double selon qu’elle est vendue en boîte de dix ou de trois).

La logique voudrait qu’on rembourse le produit sur la base d’un prix fixé au milligramme ou au gramme, mais cela est sans doute trop simple.

Trop simple aussi, sans doute, la possibilité pour le pharmacien de délivrer les médicaments au comprimé, comme cela se pratique dans d’autres pays, sans nuire pour autant à la santé des malades, et non par boîte entière, comme cela se pratique en France !

Cette mesure qui permettra peut-être de « débanaliser » certains médicaments et d’en sécuriser (un peu) l’usage doit faire l’objet d’une procédure contradictoire avec les laboratoires et les pharmaciens. Souhaitons qu’elle aboutisse !

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