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International - Politique - Religion - 20 mars 2020

Benyamin Netanyahou sauvé par le coronavirus ?

C’est le Premier ministre israélien ayant battu des records de longévité politique, détail qui n’a rien de mince en un pays aux institutions certes structurellement solides, mais conjoncturellement parfois assez fantasques. Bref, dans le registre indéboulonnable, Benyamin Netanyahou est en train d’égaler les records du défunt et insubmersible Shimon Peres.

En effet, même si c’est à Benny Gantz que le président Reuven Rivlin a confié la tâche de former un nouveau gouvernement, il y a encore loin de la coupe aux lèvres. Pour commencer, l’actuel Premier ministre de fait a tout bonnement fermé la Knesset, le Parlement local, pour cause de coronavirus. Ce qui empêche, évidemment, les députés d’avaliser la création d’un nouveau gouvernement tout en repoussant aux calendes grecques la poursuite des enquêtes judiciaires visant le patron du Likoud ; c’est-à-dire lui. Il est vrai que les tribunaux susceptibles d’instruire ces affaires ont, eux aussi, été suspendus.

Bref, Benyamin Netanyahou joue la montre. Les élections législatives remontent au 2 mars dernier et la loi fixe à 28 jours le délai pour déterminer la composition d’un nouveau gouvernement. Du coup, Yaïr Lapid, numéro deux du parti Bleu Blanc, celui de Benny Gantz, demande un délai supplémentaire de 14 jours, à en croire i24news, site israélien francophone de référence.

Dans le même temps, certains membres de l’opposition vont plus loin, n’hésitant pas à évoquer un « coup d’État de velours », selon Libération du jeudi 19 mars qui cite le même Yaïr Lapid en ces termes : « Il n’y a plus de pouvoir judiciaire, ni législatif. Seulement un gouvernement non élu avec à sa tête le perdant de l’élection. On peut appeler ça par beaucoup de noms, mais pas une démocratie. »

Et l’intellectuel Yuval Noah Harari, auteur du best-seller mondial Sapiens : une brève histoire de l’humanité, qui, évoquant son propre pays, « première dictature du coronavirus », remarque : « Le coronavirus a tué la démocratie. Bibi a perdu l’élection, fermé la Knesset, donné l’ordre aux citoyens de rester chez eux et impose n’importe quelle mesure d’urgence qui lui chante. Ça s’appelle la dictature. »

Pour tout arranger, après le ralliement d’Avigdor Liberman, naguère indéfectible allié de Benyamin Netanyahou, à Benny Gantz, voilà que les partis ultrareligieux se mêlent de la partie. Ces derniers, ou tout au moins en partie, refuseraient de se plier aux lois sanitaires décidées par le gouvernement. Et Louis Imbert, correspondant local du Monde, de remarquer : « À parcourir les rue bondées du quartiers religieux de Gueoulah [à Jérusalem, NDLR], on se croirait projeté dans le monde d’avant le coronavirus. Partout ailleurs, la police israélienne fait respecter les mesures de confinement. […] Mais à Gueoulah, des milliers de juifs ultra-orthodoxes vaquent encore sur les trottoirs. Jeunes et vieux font des emplettes, en longs manteaux et chapeaux noirs. »

Il est vrai que, toujours selon les mêmes sources, « cette population fragile et pauvre compte pour environ 12 % de la nation et ne cesse de croître. Elle est représentée par des partis dont Netanyahou a un besoin vital pour demeurer au pouvoir. » La preuve en est que nombre de leurs écoles continuent de dispenser leurs cours, au contraire de leurs homologues laïques.

Et Chaim Kanievsky, rabbin âgé de 92 ans, incontournable référence de cette mouvance politico-religieuse, d’affirmer : « L’armée israélienne a-t-elle déposé les armes ? Les soldats ont-ils cessé de patrouiller aux frontières ? Nous pensons, pour notre part, que ce qui sauve le monde, ce sont les enfants qui étudient la Bible. »

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