Agriculture - Editoriaux - Justice - Société - 4 juin 2019

Les cocoricos bientôt inscrits au patrimoine de l’UNESCO ?

L’énorme inconvénient de la campagne est le bruit. Chants du coq, meuglements de vaches, tintements de cloches à toute heure, angélus par-ci, ding dong par-là : certains citadins en vacances ou fraîchement installés s’insurgent auprès des instances locales contre ce vacarme insupportable. Ça ne peut plus durer. Des affaires furent portées devant les tribunaux. Le coq menacé de prison ferme ! Son propriétaire prié de lui apprendre à chanter en respectant les horaires de bureau. Qu’il mette en sourdine son despotisme sur l’ensemble du poulailler. Des vacanciers haut placés parlaient de faire intervenir Marlène Schiappa pour faire respecter l’égalité coq-poule. Le chaos était proche.

Pour en finir avec ces plaintes incongrues de plus en plus nombreuses, le maire de Gajac, en Gironde, Bruno Dionis du Séjour, propose, dans une lettre ouverte aux parlementaires, d’inscrire les bruits ruraux au patrimoine national de l’UNESCO. Mesure visant à « protéger les émetteurs de ces bruits afin qu’aucun procès ne puisse leur être intenté ».

Hurlez cochons, veaux, vaches, moutons, couvées… Le Parisien surmené, la tête sous l’oreiller, de maudire l’UNESCO. Habitué à des Paris Plages sans plage, au pain sans blé et au socialisme sans social… le projet de loi est rude. Pourquoi la campagne française n’est-elle pas calquée sur le concept Euro Disney ? Des figurants déguisés en agriculteurs, des vaches en carton-pâte, des églises aménagées en loft bobo ou reconverties en fast-food… Il y avait moyen de transformer ce charivari rural en un parc très convenable.

Au top 50 des exigences les plus surréalistes, la Provence arrive en tête, avec deux cas d’hurluberlus qui souhaitaient mettre un terme au chant des cigales. Sans rire, les plaignants affirmaient ne plus s’entendre parler. Suggestion fut faite à la mairie d’asperger les arbres d’insecticide. Le gîte rural avec tronçonneuse fournie, casque antibruit, clé de douze pour démonter les cloches et fusil à pompe pour dézinguer tout ce qui mugit, hennit ou glougloute est fortement recherché par l’aoûtien épris de silence absolu. Guerre de tranchées dans nos campagnes. C’est la lutte finale du Français coupé du réel. Outré par l’impertinence de la nature. « La ferme célébrités » est une télé-réalité qu’il a vue sur TF1. Où est Régine ? Pourquoi Benjamin Castaldi n’est-il pas là ? Nouvelle plainte à la mairie. Il y a tromperie sur la marchandise.

A contrario, le vegan dormira aux côtés de son ami le cochon. Chantera le matin de concert avec le coq et passera des nuits sur une patte à surveiller la couvée d’une maman poule. Pourchassé par le juilletiste excédé par ses piaillements, le cri du vegan sera à son tour inscrit au patrimoine national de l’UNESCO… corico !

Moralité de cette fable de La Fontaine nouvelle mouture : en tous lieux et toutes circonstances, le citadin consommateur se pose en Dieu tout-puissant. À l’image du pouvoir de ses télécommandes, le monde doit lui obéir. Se plier à ses exigences. Droit à l’enfant, droit au silence intégral, droit au bruit s’il a décidé de s’amuser, droit à l’écologie et aux Magimix™ made in China… Une multitude d’égocentrés décomplexés qui veut le beurre, l’argent du beurre et le baiser de la fermière. Celle qui mène aux champs des moutons qui font cuicui…

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