Dans les ronronnants débats qui agitent Les Républicains en vue du vote des militants qui, le 4 décembre, désigneront leur candidat à l'élection présidentielle, Éric Ciotti fait entendre une petite musique… un peu différente. D’une interview à l’autre, il déroule peu à peu son programme, ne craignant pas de revendiquer « le projet de rupture le plus clair ». « Seule la républicaine peut engager ce sursaut, pour autant qu’elle ose la droite », a-t-il martelé sur 1, au micro de Sonia Mabrouk.

Dans cet esprit, il entend créer un choc fiscal pour lutter contre cette surfiscalité qui asphyxie ménages et entreprises et grippe la croissance. Les mesures qu’il préconise sont clairement à rebours de toute vision socialiste et étatique qui prévaut en France depuis des années. Rappelant que 10 % des foyers fiscaux français paient 72 % des produits de l’impôt sur le revenu, il compte établir une flat tax à 15 %, c’est-à-dire un taux unique d’imposition sur le revenu pour ceux qui gagnent plus du SMIC. Ce qui signifie, lui a rétorqué Dimitri Pavlenko, sur 1, que les 38 millions de Français qui gagnent moins de 2.000 euros par mois seraient alors taxés, ce qui engendrerait, surtout en période de hausse des prix et d’inflation, des difficultés pour beaucoup d’entre eux. À cela, Éric Ciotti répond que « 17 millions de foyers français qui paient des impôts aujourd’hui verraient massivement baisser leurs impôts », avec pour effet quasi immédiat une relance vertueuse en ceci qu’elle ne reposerait par sur un accroissement des dépenses publiques et, partant, de la dette. Le principe étant que les impôts les plus efficaces sont ceux qui ont une assiette la plus large possible et le taux le plus faible. Une autre proposition est celle de supprimer « l’impôt sur la mort », c’est-à-dire les droits de succession quand la succession est inférieure à cinq millions d’euros et les taxes sur les donations : une mesure qui reconnaît objectivement la valeur de la transmission familiale, de l’enracinement. Dans le même ordre d’idée, un autre élément de corpus libéral est le plafonnement des allocations non contributives à deux tiers du SMIC, « afin de favoriser la valeur du travail ».

En ce qui concerne une des questions majeures qui préoccupent les Français, Éric Ciotti promeut le quoi qu’il en coûte sécuritaire. S’il a acté que « l’ouverture généralisée des frontières fut une erreur tragique », il affirme qu’il « faut reprendre en main des cités qui ont échappé à la République ». Lui n’échappe pas à cette manie, assez étrange pour quelqu’un qui se déclare patriote, de ne jamais citer la France mais toujours la République, entretenant une étrange confusion entre la patrie charnelle et une forme théorique de gouvernement. « Dans ce combat, dans ceux qui lancent ce défi à la République, nous n’avons pas d’autre choix que de le gagner, de faire en sorte que le droit, la justice, l’ordre soient des valeurs qui soient réhabilitées. » Pour cela, il faudrait, dit-il, envoyer l’armée dans les banlieues.

Effet d’annonce, confusion des genres ? La mission de l’armée n’est, en effet, pas celle de la police, la formation et l’armement ne sont pas les mêmes, les missions non plus. Ciotti entend, en réalité, développer le modèle de l’opération Sentinelle, restant assez flou sur les modalités pratiques du maintien de l’ordre dans les banlieues menées conjointement par l’armée et la police…

Sur l’immigration et l’identité, le Niçois a bien compris que ce thème était la préoccupation majeure des Français, et que ses compères des Républicains étaient un peu gênés d’adopter si ouvertement un discours… zemmourien. Lui n’a pas ces pudeurs et entend abroger le droit du sol au profit du droit du sang, pratiquer la préférence nationale, créer un permis à points migratoire. « Marine, ou Zemmour, sors de ce corps ! » serait-on tenté de dire.

La force principale d’Éric Ciotti, au sein de son parti, c’est qu’il parle cash et se revendique de droite quand les confrères de « sa famille politique » se complaisent dans le politiquement correct, le centrisme idéologique. Il est le seul à ne jamais attaquer Éric Zemmour : « Je n’ai pas d’ennemi à droite », a -t-il déclaré à nos confrères de Livre noir. Il votera même pour lui s’il se retrouve au second tour face à Emmanuel Macron : il est bien le seul des Républicains à le dire ouvertement.

Sa faiblesse tient à ce que ses positions sont tenues au sein d’un parti qui incarne « une droite institutionnelle, qui a peur d’elle-même et des mots. Cette droite manque de convictions, elle est conformiste », pour reprendre les mots de Charles Millon dans L’Express. Éric Ciotti, par une fidélité à un parti qui devient sans objet, semble par là même se condamner à l’impuissance et à la marginalisation. Si ses convictions sont réellement ancrées, n’est-il pas temps de quitter le Titanic ? D’autres l’ont fait avant lui.

15 novembre 2021

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