Editoriaux - Histoire - 27 juin 2019

Le traité de Versailles (7/7)

Le traité de Versailles, signé le 28 juin 1919 dans la galerie des Glaces du château de Versailles, met un terme définitif à la Première Guerre mondiale sur le front occidental.
Résultant d’un processus diplomatique de plus de six mois qui a connu quelques vicissitudes, il fixe les règles selon lesquelles la paix sera appliquée. Dernier épisode de notre passionnant feuilleton sur ces jours qui changèrent le XXe siècle.

Les deux délégués allemands, Hermann Müller et Johannes Bell, s’avancent et signent. Il est 15 h 12. Puis les autres délégations sont invitées à signer. Clemenceau signe le traité à 15 h 25. Le porte-plume avec lequel il paraphe le traité a été offert par les élèves du lycée Jules-Ferry de Paris qu’ils ont acquis par souscription. L’encrier, composé d’un plateau en laque et trois godets en bronze doré d’époque Louis XVI, a été offert au Tigre par la Chambre syndicale de la curiosité et des beaux-arts.

La dernière signature à être apposée est celle des représentants de l’Uruguay. Il est 15 h 50. Georges Clemenceau se lève alors et, d’une voix forte, que l’on entend jusqu’au bout de l’immense salle, il déclare : « Messieurs, toutes les signatures sont données. La signature des conditions de paix entre les puissances alliées et associées et l’Empire allemand est un fait accompli. »

Hermann Müller et Johannes Bell quittent la salle, conduits par les attachés du protocole. De toutes parts, on demande des autographes à Woodrow Wilson, Georges Clemenceau et Lloyd George.

Au dehors, où la foule s’est massée, nombreuse, joyeuse, on entend des salves précipitées, des hurlements de sirène. Il est 15 h 50. Le traité est signé. Des femmes et des hommes pleurent : « C’est fini… C’est fini… » Un soldat s’écrie : « On les a. » On scande le nom de Clemenceau. À Paris, les principales rues et avenues sont pavoisées, notamment la rue de Paix et la place Vendôme. Place de la Concorde, aux Champs-Élysées et un peu partout, la population laisse éclater sa joie. Bras dessus, bras dessous, soldats français et alliés, jeunes garçons et jeunes filles chantent et dansent au son de « La Madelon » et de « La Marseillaise ».

Aux Invalides, ordre est donné, à 16 heures, de faire tirer des salves d’honneur au canon, en l’honneur de la paix. « Les détonations pacifiques se succédèrent sans interruption jusqu’à six heures environ », note L’Action française 1.

La plupart des délégués repartent dans leurs pays. Les Allemands se rendent à la gare de Noisy-le-Roi où les attend le train qui doit les ramener à Berlin. Ils sont accompagnés par le lieutenant Lavigne, de l’armée française, et le lieutenant Monaco, de l’armée italienne. Accueilli sur le quai de la gare par le préfet Auguste Autrand (1858-1949), Hermann Müller se fend d’une courte déclaration à la presse : « Nous avons signé le traité sans aucune restriction mentale. Nous l’avons signé, nous l’exécuterons. Le peuple allemand fera ce qui est en son pouvoir pour tenter de se conformer aux clauses. »

Woodrow Wilson rejoint Brest par train au départ de la gare des Invalides et son navire, le George Washington, appareille le lendemain, 29 juin. Il est escorté par le cuirassé Oklahoma avec quatre destroyers et jusqu’au méridien des Pierres Noires par le croiseur Marseillaise.

Le traité de Versailles donne le coup d’envoi des autres traités qui seront signés dans les mois suivants, notamment les suivants :
– le 10 septembre 1919 : traité de Saint-Germain-en-Laye entre les Alliés et l’Autriche ;
– le 27 novembre 1919 : traité de Neuilly entre les Alliés et la Bulgarie ;
– le 4 juin 1920 : traité de Trianon entre les Alliés et la Hongrie ;
– le 10 août 1920 : traité de Sèvres entre les Alliés et l’ancien Empire ottoman.

FIN

Bibliographie sommaire

BECKER, Jean-Jacques, Les conséquences des traités de paix, in Revue historique des armées n° 254, 2009
BOEMEKE, Manfred, FELDMAN, Gerald, GLASER, Élisabeth (dir.), The Treaty of Versailles: A Reassessment After 75 Years, Cambridge, New York, Cambridge University Press, 1998
KRUMEICH, Gerd, FEHLEMANN, Silke (dir.), Versailles 1919. Ziele, Wirkung, Wahrnehmung, Essen, Klartext Verlag, 2001
LANIOL, Vincent, La Conférence de la paix 1919 in www.ehne.fr (consulté le 8 janvier 2018)
MACMILLAN, Margaret, Les Artisans de la paix. Comment Lloyd George, Clemenceau et Wilson ont redessiné la carte du monde, Paris, Jean-Claude Lattès, 2006
RENOUVIN, Pierre, Le Traité de Versailles, Paris, Flammarion, 1969
SOULARD, Christophe, Clemenceau au fil des jours, Bordeaux, Éditions Sud-Ouest, 2013
SOULARD, Christophe, Armistice 1918. Petit dictionnaire historique et insolite du 11 novembre 1918, Paris, Éditions JPO, 2018

Les journaux du 29 juin 1919 : L’Action française ; L’Excelsior ; Le Figaro ; Le Journal des débats politiques et littéraires ; L’Écho d’Alger ; L’Écho de Paris ; L’Homme libre ; L’Humanité ; L’Intransigeant ; L’Œuvre ; L’Ouest-Éclair (Éditions de Nantes) ; La Croix ; La Justice ; La Lanterne ; La Presse ; Le Gaulois.

Notes:

  1. L’Action française du 29 juin 1919.

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