Remettrons-nous au goût du jour la fable de La Fontaine ? La voici donc, remodelée dans l’air du temps : « Un mal qui répand la terreur,/Mal que la Chine en sa fureur/Inventa pour punir les damnés de la terre,/La Covid [puisqu’il faut l’appeler par son nom]/Capable d’assaillir l’agenda de Macron,/Faisait aux vieux Gaulois la guerre. On sait aussi qu’ils n’en mouraient pas tous, mais que tous étaient frappés  : même au palais sacré de l’Élysée ! »

La nouvelle s’est répandue comme une traînée de poudre par médias interposés, en ce 17 décembre de l’an de disgrâce 2020 : la veille au soir, le Président Macron toussait. Son nez coulait ! Le Président Macron était devenu positif !

Aussitôt, on l’accable : il n’a pas respecté le protocole sanitaire. Étaient-ils treize à table lors d’agapes intempestives la veille ? Et Bayrou, et Ferrand, auront-ils des séquelles ? Aura-t-il, imprudent, assisté à quelque spectacle privé organisé par son ministre de la Culture ? Ou serré de trop près une chancelière germanique replète lors d’un dernier entretien bruxellois ? Bref, met-il en danger l’équilibre du continent ? Questionnement trivial. Quelle importance ! Un Président français de la Ve devrait-il s’astreindre aux lois imposées au commun des sujets qu’il gouverne ? Certainement pas. À condition qu’il puisse s’imposer, par son charisme et sa stature politique, comme au-dessus du lot de la normalité.

« Le roi est mort, vive le roi ! », proclamait-on jadis. L’idéal monarchique avait su imposer le surhomme. Ce qu’Ernst Kantorowicz exposait magnifiquement dans Les Deux Corps du roi, son ouvrage majeur. Arguant que la sacralité monarchique associait au corps terrestre du souverain son deuxième corps, immortel : soit l’âme du royaume. Nos présidents de la Ve sont, implicitement et par loi générale (la Constitution), des « monarques républicains ». Mais faudrait-il encore qu’ils aient capacité pour maintenir leur rang.

Souvenez-vous, citoyens ! En traversant à pas lents la cour de l’ancien Palais-Royal, le 7 mai 2017 au soir, sous les notes de l’Ode à la joie de Beethoven, , dans sa redingote sombre, retrouvant ses partisans, venus l’acclamer devant la pyramide du Louvre, entendait restaurer une fonction « abîmée » par ses piètres prédécesseurs : « Chirac le sympathique velléitaire, Sarkozy l’incontrôlable vibrionnaire, Hollande le dilettante débonnaire », selon l’excellente formule de Jean-Michel Lavoizard, dans ces mêmes colonnes.

Et pourtant, quelle image le « roi » Macron lui-même nous donne-t-il de la fonction, entre velléités d’action nationale, atermoiements improductifs et, « en même temps », soumission aux idéologies mondialistes ? N’est-ce pas le signe d’une maladie plus dangereuse que son rhume Covid dont il nous reviendra ? L’incapacitante inaptitude à trancher !

Le chef de l’État, qui va s’isoler pendant sept jours, tout comme Jean Castex, cas contact, a quitté l’Élysée dans la soirée du 17 pour se rendre à la résidence officielle de la Lanterne, à Versailles. Nous lui souhaitons chrétiennement de surmonter l’épreuve qui l’éloigne des siens. Mais bigre ! en voilà un mauvais présage. Souvenez-vous : « Ah ça ira, ça ira, ça ira, Les aristocrates à la lanterne. Ah, ça ira, ça ira… » Les Français d’aujourd’hui ne croient plus aux augures ; ne veulent pas non plus du sort – même s’ils le méritent parfois – de l’âne de la fable. Mais croyez-moi, ils restent réfractaires et, comme le Covid-19… imprévisibles !

20 décembre 2020

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