Donc, Jean-Frédéric Poisson envisagerait d’« effacer » sa candidature à la présidence de la République au profit de celle d’Éric Zemmour si, à Dieu ne plaise, ce dernier était candidat. C’est ce qu’il a déclaré sur Sud Radio, ce 22 septembre. Pour l’instant, le président de VIA la voie du peuple (anciennement Parti chrétien-démocrate), est crédité de moins de 1 % d’intention de vote, moins que Jean Lassalle, Florian Philippot ou Philippe Poutou. Pas de quoi, apparemment, renverser la table, même si l’on sait que la science électorale relève plus de la dynamique que de l’arithmétique, que le ralliement d’un homme comme Poisson, dont la solide colonne vertébrale doctrinale est rare de nos jours chez nos politiques, n’est pas rien et dépasse largement les quelques miettes électorales qui lui sont comptées.

Ce qui est intéressant, dans cet éventuel ralliement, ce sont les conditions posées par l’ancien député des Yvelines. Jean-Frédéric Poisson souhaite qu’Éric Zemmour « infléchisse nettement » son programme « dans le sens de l’entraide, de la solidarité des plus faibles ». Pour infléchir un programme, il faut déjà avoir un programme. Or, à ce jour, il ne semble pas qu’Éric Zemmour ait un programme. Et pour cause.

Si c’était le cas, Poisson serait disposé à rallier Zemmour car, selon lui, ce dernier serait le seul « à poser la question du redressement de la France en termes de civilisation ». Or, Marine Le Pen, le 12 septembre, à Fréjus, était claire. Extraits de son discours : « Il n’y aura que deux alternatives », en 2022, « soit la dilution de la France par déconstruction et submersion, soit le sursaut salutaire qui fera entrer la France dans le troisième millénaire autour de l’idée de nation ». « En France, les Français ont le droit de vivre comme des Français. » Cette élection « ne sera pas seulement un choix de société, comme ont pu l’être les précédents scrutins, ce sera un choix de civilisation ». On ne peut être plus clair.

Jean-Frédéric Poisson développe ensuite son argumentation justifiant son potentiel ralliement à Éric Zemmour : « Entre dont [les Français] considèrent qu’ils ont un peu laissé filer les choses et un RN dont ils ne considèrent pas qu’il puisse un jour gouverner le pays, il fallait trouver une solution et la candidature d’Éric Zemmour peut être cette solution. » Ce renvoi dos à dos entre ceux qui ont largement échoué depuis les trente dernières années et ceux qui n’ont jamais gouverné ne ressemble-t-il pas un peu à ces fausses fenêtres que l’on dessinait sur les façades pour conserver une illusion de symétrie ? Cette belle façade en trompe-l’œil vise à démontrer que la seule porte possible s’appelle Éric Zemmour. Pourquoi pas ? Mais quand le RN peut aligner des noms de ministrables comme Aliot, Bay, Chenu, Collard, Garraud, Mariani, Rivière (l’un l’a d’ailleurs été sous Sarkozy, un autre a été membre du cabinet de Christine Lagarde, un autre encore a été membre de la très sérieuse commission de la Défense), on est en droit, désormais, de se demander qui seraient les ministres d’Éric Zemmour. Si l’on excepte, à ce jour, bien sûr, Jean-Frédéric Poisson.

On sait que la française porte un lourd héritage des occasions manquées. C’est peut-être même sa marque de fabrique, son côté Cyrano de Bergerac. Marine Le Pen ne gagnera peut-être pas l’élection présidentielle de 2022, comme l’a affirmé Éric Zemmour. Mais faut-il pour autant en déduire que ce dernier peut la gagner ? et Michel Barnier doivent actuellement regarder avec le plus grand intérêt cet apparent jeu de vases communicants entre Marine Le Pen et Éric Zemmour car, s’il est possible que l’ancienne présidente du RN ne soit pas au second tour, il est, pour l’instant, assez improbable qu’Éric Zemmour le soit aussi. Si c’était le cas, Macron en reprendrait pour cinq ans. Cela dit, aucune campagne présidentielle ne s’est jamais finie comme on l’avait imaginée six mois avant…

22 septembre 2021

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