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Editoriaux - Polémiques - Politique - 29 avril 2020

Le jour d’après : ça promet !

Ā quoi ressemblera ce fichu jour d’après, annoncé comme une promesse d’aube nouvelle ? Pas besoin de boule de cristal pour le savoir, un rétroviseur suffira peut-être. Z’êtes bien pessimiste, mon bon monsieur ! Qu’est ce qui vous fait dire ça ? Le Président, il a pas dit que rien ne sera comme avant et tout ça ? Oui, bien sûr. Mais quand je lis ce que déclare, dans Le Point, un certain Bruno Bonnell, député du Rhône, de la macronite en barre, j’ai comme un léger doute. « Le localisme, c’est la version terroir du populisme. Il porte les germes de l’exclusion. »

L’exclusion de qui, de quoi, d’abord ? Le mondialisme n’a pas fait d’exclus ? On en a plein cette France périphérique qui ne brûlent pas de bagnoles parce que c’est difficile, le confinement. Et Bonnell d’ajouter : « Le “c’est mieux si ça vient de chez nous” risque de se réduire à “c’est mieux chez nous”. » C’est grave, comme risque, dites voir ? D’abord, si on produisait chez nous un certain nombre de choses, hein ! Je sais pas, pas seulement des fraises, les meilleures du monde, mais par exemple des masques, des produits actifs de médicaments, des respirateurs, et pas à l’arrache quand la crise est là, ce serait peut-être pas mal, non ? Voilà pour le « si ça vient de chez nous ». Et pour le « c’est mieux chez nous », personnellement, je sais pas, vous, je suis mieux chez moi que chez les autres. Faut-il encore avoir un chez-soi et que lorsqu’on en a un, avoir conscience qu’on est chez soi. Qu’on est encore chez soi. Quelque part, ça doit être ce qu’on appelle le patriotisme. Vous savez, ce truc folklorique qu’on va, à l’occasion, chercher au grenier quand on sent que ça va mal dans le pays et qu’on fait jouer les sanglots longs des violons monotones, le soir, à 20 heures, à la télé.

Eh bien, non. Faisons-la courte, même si M. Bonnell ne va pas jusque-là : acheter ses radis chez le producteur du coin, ça porte « en germe » le populisme. Et le populisme, vous savez, c’est pas bien. Oui, mais quand même, il y a des secteurs stratégiques qu’il conviendrait de préserver ? Notre visionnaire a son idée sur le sujet. « Les secteurs stratégiques sont les lignes Maginot d’un monde en perpétuelle innovation […] Les secteurs stratégiques ont des contours flous. » Ah bon ! Autant dire que l’État-stratège ne doit pas être son truc. « Ce n’est pas la relocalisation qui doit être repensée, mais la diversification des sources pour garantir l’approvisionnement. Tant mieux si elles sont françaises ou européennes, mais ne les négligeons pas si elles viennent d’ailleurs. » Prenons les produits actifs de médicaments qui proviennent, à 80 %, de Chine ; ce ne serait peut-être pas complètement stupide de repenser en termes de relocalisation, non ?

Mais soyons honnêtes, finalement, le jour d’après ne sera pas tout à fait comme le jour d’avant. Nous eûmes – et devons avoir encore quelque part gravé sur les frontons de nos édifices publics – « Liberté, Égalité, Fraternité ». Puis, Jean Yanne, dans les années 80, inventa « Liberté, Égalité, Choucroute ». Bruno Bonnell voit plus loin : « Télétravail, Robotique et Fraternité ». Ça promet.

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