Le personnage Trump aime bien se confronter aux démocrates, comme s’il était en permanence l’animateur des combats de catch ou des télé-réalités qu’il fut. Il est bien commode, pour les médias, de ne voir que ce qu’il montre de lui, kitsch et agité, et de laisser sous le boisseau son programme. On a vu, néanmoins, lors du premier débat, qu’il n’a pas le monopole du style « chauffeur de taxi new-yorkais » !

Mais ce concours d’insultes est la traduction du terrible affrontement qu’on impose à Trump (tentative de destitution) qui dépasse de loin sa personne ou le scrutin présidentiel et implique l’avenir idéologique et culturel des États-Unis, voire celui de l’humanité – France comprise.

Aussi, le 23 septembre, a-t-il informé l’opinion publique qu’il avait pris la décision d’interdire l’endoctrinement des membres de l’administration fédérale avec des « idéologies diviseuses et dangereuses basées sur la race et le sexe » (“indoctrinate government employees with divisive and harmful sex and race-based ideologies”). Et il annonce étendre cette interdiction à tous ceux (individus ou organisations) qui font des affaires avec les États-Unis, son armée, l’action de l’État et les contrats passés avec lui. C’est une bombe anti- dévoilée dans le cadre d’un décret présidentiel (executive order, 22nd september, https://www.whitehouse.gov/presidential-actions/executive-order-combating-race-sex-stereotyping/).

Ce texte solidement argumenté rappelle les grands acquis juridiques historiques, fondateurs des États-unis, notamment la Déclaration d’indépendance, que les écoliers américains apprennent par cœur (mais que Biden a oubliée). “We hold these truths to be self-evident, that all men are created equal” (« Nous tenons ces vérités pour évidentes que tous les hommes sont créés égaux »). Un long et habile exposé des motifs (section 1), évoque le « rêve » du Dr Martin Luther King selon lequel ses enfants devraient être « jugés non pas selon la couleur de leur peau mais selon la qualité de leur personnalité » (“content of their character”). Le texte présidentiel dénonce la tentative de substituer à ces fondamentaux une vision de l’Amérique fondée sur « des hiérarchies d’identités plutôt que sur la dignité égale et inhérente de chaque personne » (“rather than in the inherent and equal dignity of every person”). Une hiérarchie dont les « racines fausses et pernicieuses prétendent voir dans l’Amérique un pays irrémédiablement raciste et sexiste » (“an irredeemably racist and sexist country”), tel que « certaines personnes du seul fait de leur race ou de leur sexe sont des oppresseurs et que les identités raciales et sexuelles sont plus importantes que notre statut partagé d’êtres humains… » (“that some people, simply on account of their race or sex, are oppressors; and that racial and sexual identities are more important than our common status as human beings...”).

Malheureusement – toujours selon l’exposé des motifs du décret -, « cette idéologie maligne menace désormais aussi les institutions des États-Unis ».

Le décret présidentiel expose les différentes sanctions juridiques, la façon dont les parquets devront les poursuivre et les tribunaux les appliquer, et fait défense de punir quiconque, au sein de l’administration fédérale, ou de ses contractants, refuserait de se conformer à la mise en œuvre de ce nouveau racisme revanchard.

Ce décret pourrait être vu par les Français comme une sorte d’anti-loi Avia. Or, la liberté de penser, et même tout simplement d’être ce que l’on est, est de plus en plus remise en cause dans notre pays. Notre histoire fait l’objet d’un révisionnisme iconoclaste de la part de personnes incultes ou frustrées, pour les unes, masochistes et destructionnistes pour les autres. Plus grave, il se développe un racisme à rebours, importé des gauchistes américains : le seul fait d’être un vieil homme blanc hétérosexuel, un « Gaulois », un arrière-arrière-petit-fils de colonisateur est dénoncé de façon virulente, ce qui « légitime » implicitement des agressions raciales ou religieuses de plus en plus fréquentes.

2 octobre 2020

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