Accueil Santé Coronavirus Le coronavirus est-il communiste ?

Le coronavirus est-il communiste ?

Quand les médias occidentaux ne tapent pas sur Donald Trump, c’est sur la qu’ils se défoulent. Ainsi, le très libéral Luc de Barochez affirme-t-il, dans Le Point, ce 28 avril dernier : « Le virus n’est pas chinois, il est communiste. » Pourquoi pas. À l’en lire : « Dans un régime communiste fondé sur la peur, les autorités locales ont préféré nier la réalité pendant des semaines plutôt que de sonner l’alerte sur la crise sanitaire en cours. »

D’un point de vue factuel, tout cela n’est pas faux. Mais si les autorités chinoises ont, à l’évidence, menti, est-ce intrinsèquement pour cause de communisme ? En France, lors de l’affaire du sang contaminé ou sur les chiffres réels d’une immigration si massive qu’elle peut s’apparenter à une invasion, tel que le disait l’ancien Président Valéry Giscard d’Estaing au siècle dernier dans les colonnes du Figaro Magazine, on objectera qu’à défaut de mentir, on ne nous aura pas non plus dit toute la vérité.

En revanche, Luc de Barochez est déjà plus convaincant lorsqu’il affirme : « Fidèles aux principes de Montesquieu – “Là où il y a des mœurs douces, il y a du commerce et là où il y a du commerce, il y a des mœurs douces” –, les Occidentaux ont longtemps cru que la mondialisation économique allait permettre au régime chinois de se libéraliser et de se démocratiser. Quelle erreur ! » Comme quoi l’aveuglement face à la réalité, même si consubstantiel au marxisme-léninisme, n’épargne pas non plus les intellectuels libéraux. De manière autrement plus fine, Jean-Louis Tremblais, grand reporter au Figaro Magazine, préfère analyser : « Pour le Parti communiste chinois, reconnaître un “accident industriel” aux conséquences effroyables lui ferait perdre la face. Ce qu’il abhorre par-dessus tout, comme il l’a déjà montré à deux reprises dans cette crise sanitaire. »

En effet, si les régimes peuvent changer au gré des époques, les fondamentaux politiques, historiques et psychologiques demeurent les mêmes. Le Turc Erdoğan se voit comme un sultan, le Russe Poutine tel un tsar, tout comme Staline autrefois ; et leurs homologues américains pour héritiers des Pères fondateurs. Quant au président chinois Jinping, c’est en descendant des empereurs de la dynastie Ming, issue de l’ethnie Han qui parvint, pas tout à fait dans la douceur, à unifier l’empire du Milieu, qu’il se projette.

Pareillement, lorsque Luc de Barochez affirme que la Chine « poursuit une politique expansionniste agressive, caractérisée par la militarisation des mers de Chine du Sud, au détriment de ses voisins asiatiques », il oublie seulement que cette « politique expansionniste » n’est que la riposte à l’annexion historique par les puissances anglo-saxonnes et américaines de cet océan Pacifique qui est le naturel prolongement maritime de la Chine. Communiste ou pas, cette dernière n’a jamais oublié les guerres de l’opium déclenchées par la puissante Angleterre et l’incendie du Palais d’été, en 1860, par les troupes franco-britanniques.

De même, quand nos médias font état des persécutions infligées aux Tibétains, Ouïghours et catholiques, ils oublient que passer l’affaire au seul prisme des droits de l’homme consiste souvent à passer à côté du sujet.

Pour Pékin, le Tibet demeure l’équivalent de notre Alsace-Lorraine. Les Ouïghours ? Le simple fait qu’ils soient musulmans ne dérangerait pas l’autorité centrale s’ils n’avaient ces velléités indépendantistes discrètement soutenues par les USA et financées par l’Arabie saoudite. Quant aux derniers, le gallicanisme local entend préserver la « sinitude » des catholiques locaux plutôt que de se faire dicter la nomination de tel ou tel évêque par une puissance étrangère ; le Vatican, en l’occurrence. Ce qui explique que le Saint-Siège ait conclu avec Pékin ce qu’elle a jadis signé à , soit une sorte de nouveau concordat, avec clercs proposés par Rome et avalisés par la Chine.

L’Histoire serait-elle matière trop complexe pour être abandonnée aux seuls idéologues, qu’ils soient promoteurs d’un parti, d’une pensée ou d’un marché à vocation unique ? Oui, probablement.

À lire aussi

Les journalistes bientôt remplacés par des robots ? Ce qu’en pensait Georges Bernanos…

La multinationale Microsoft vient de pratiquer des coupes claires dans ses rédactions angl…