Culture - Editoriaux - 6 octobre 2019

Le bouquet de fleurs du lendemain de l’attaque

Au lendemain de l’attaque de la préfecture de police, Anne Hidalgo inaugurait, dans les jardins des Champs-Élysées, la sculpture géante de Jeff Koons intitulée Bouquet of Tulips. Le calendrier a de ces hasards… Cette main semblant surgir de terre qui offre des fleurs alors qu’à quelques encablures de là, un enragé de l’islam assassinait quatre personnes une vingtaine d’heures auparavant.

Avec cette symbolique involontaire, ces fleurs qui sonnaient comme une réponse à un acte terroriste sanglant, la mairie de Paris se faisait l’interprète, sans le vouloir, du fameux « Vous n’aurez pas ma haine » cher au cœur de la « bobosphère ». Ironie de l’Histoire, la sculpture fut imaginée en 2016 en hommage aux victimes des attentats de Paris et Nice.

Dans son discours, Anne Hidalgo déclare se souvenir des moments de recueillement avec le président Obama mais ne fait aucune allusion aux événements de la veille. Nul bouquet de Jeff Koons ne saurait venir marquer, en 2022, ce qui ne fut qu’un banal fait divers. Et puis la place manque. L’inspiration aussi. Un gros cœur rouge façon sucre d’orge porte de Clignancourt, des fleurs en plastique qui ressemblent à des chamallows sur les Champs-Élysées… L’univers Bisounours n’est pas infini. Après inventaire pointilleux, il reste les nuages vaporeux, les arcs-en-ciel féeriques et un soleil souriant. Et puis c’est tout.

Après épuisement du stock de symboles infantiles, Anne Hidalgo n’aura d’autre choix que fournir une combinaison rose fluo à chaque Parisien pour qu’il se déguise en Bisounours. À quoi bon planter un décor si aucun personnage ne vient l’animer ? En hommage aux futures victimes, le plan « combinaison peluche pour tout le monde » se précise dans les couloirs de l’hôtel de ville. Des ensembles douillets imaginés par Jeff Koons ! De l’art moderne comme s’il en pleuvait. Le périphérique inondé de voiturettes vert pomme conduites par des nounours en larmes. La mention « sniff » écrite sur un carton installé sur le toit. Un Paris bande dessinée pour enfants en réponse à l’islamisme galopant. La gauche a pris la mesure de la menace. Le sang coulera, mais dans une rivière enchantée. En musique. Au son de la Techno Parade.

L’Homo festivus décrit par Philippe Muray n’a pas fini d’en finir avec sa civilisation.

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