Les déclarations d’Emmanuel concernant les non-vaccinés (« J’ai très envie de les emmerder. Et donc on va continuer de le faire, jusqu’au bout »), publiées dans Le Parisien du 5 janvier, ont été abondamment commentées. On a moins prêté attention à la phrase suivante : « C’est ça, la stratégie. » Pourtant, cette stratégie, dont le but est principalement électoral, est déployée depuis six mois.

Le 11 juin 2021, proclame son « opposition de principe à l’usage d’un passe sanitaire pour des activités de la vie courante telles que manger au restaurant ». Pourtant, à peine un mois plus tard, le ton change. Le 12 juillet, annonce que le passe sera d’abord élargi aux lieux et événements sportifs, culturels ou de loisir accueillant au moins 50 personnes, puis, à partir du mois d’août, aux cafés, restaurants, centre commerciaux (qui en seront finalement exemptés), hôpitaux (sauf urgence), maisons de retraite et établissements médicaux-sociaux, ainsi qu’aux transports en commun pour les trajets de longue distance. La vaccination sera également exigée pour continuer à exercer certaines professions.

Autrement dit, ce que Véran affirmait inenvisageable un mois plus tôt devient la règle. Un chantage d’État se met en place, menaçant une partie des Français, alors nombreuse, de ne plus pouvoir accéder à des activités courantes. Que s’est-il passé, entre le 11 juin et le 12 juillet, qui puisse expliquer une évolution aussi rapide ?

Certes, les contaminations par le variant Delta, apparu en France au mois d’avril, s'étaient multipliées. Le 19 juillet, on relèvera 18.000 nouvelles contaminations (rien de comparable avec les quelque 300.000 contaminations quotidiennes par le variant Omicron, en janvier 2022). Toutefois, Gabriel Attal avait annoncé, dès le 23 juin, qu’il représentait entre 9 et 10 % des nouveaux cas positifs.

Et par ailleurs, le parti du Président vient de subir une énorme déculottée aux élections départementales et régionales des 20 et 27 juin. À l’échelle nationale, il n’a pas obtenu plus de 9 % des suffrages exprimés, ce qui ne représente que 3,5 % des inscrits, si l’on prend en compte l’abstention. Cette débâcle de sa majorité, dont les sondages publiés n’avaient pas prévu l’ampleur (mais l’on peut penser que le ministère de l’Intérieur était mieux informé), est évidemment une gifle pour Emmanuel Macron. L’annonce de l’extension du passe sanitaire intervient quinze jours après cet échec cuisant. Politiquement, il présente plusieurs avantages : il permet au président de la République de tourner la page de ces élections en donnant aux médias un nouvel os à ronger, bien plus appétissant ; de se présenter en sauveur aux yeux des électeurs inquiets de l’apparition du nouveau variant (en particulier la partie la plus âgée de la population, vivier d’électeurs pour Emmanuel Macron) ; de diviser les Français et d’opposer au camp du bien un camp du mal : les mauvais Français non-vaccinés – boucs émissaires auxquels on fera porter les conséquences de la politique de santé désastreuse conduite depuis des années par l’État, et à laquelle a concouru le premier ministre Jean Castex. Ne s’ajoutait-il pas, à ces calculs politiciens, une envie de se venger des Français qui venaient de lui infliger cette humiliation électorale ? Ce trépignement de vieil enfant gâté correspondrait bien au tempérament de Macron – en tout cas, à ce qu’il en a montré jusqu’à présent. À rapprocher de l’expression « J’ai très envie… ».

Ses déclarations sur son désir d’emmerder les non-vaccinés s’inscrivent donc dans la continuité de la stratégie qu’il développe depuis six mois. Elles en constituent – pour l’instant ? – le point d’orgue, comme le passe vaccinal surclasse le passe sanitaire dans l’ordre de l’abus de pouvoir, mais elles procèdent de la même politique d’intimidation, insultante et discriminatoire. Le degré de l’insulte change, mais pas sa nature. Un comble, si l’on se souvient qu’en 2017, cet esbroufeur se piquait d’interdire à ses militants de siffler dans ses meetings les noms de ses adversaires politiques !

12 janvier 2022

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