Dans le chanvre indien, le cannabidiol/CBD (ainsi que 100 autres cannabinoïdes) jouxte le tétrahydrocannabinol/THC. S’il en est chimiquement très voisin, ses effets pharmacologique en diffèrent nettement. Des pressions médiatiques et publicitaires, qui s’apparentent à une subversion des esprits, l’ont rapidement promu comme dauphin inoffensif de son sulfureux congénère, le THC.

L’émergence subite de la notoriété du CBD ne laisse d’interroger sur la sincérité des multiples qualités qui lui sont prêtées. De puissants groupes capitalistes qui investissaient dans le cannabis, qualifié de « thérapeutique », n’ont pu ignorer les nombreux méfaits de son THC. Son rapport bénéfices/risques (référence majeure en matière de médicament) attestait que ses risques écrasaient les bénéfices que pourraient en retirer les patients à qui il serait prescrit. Parmi ses méfaits certains sont graves, voire même très graves. Rappelons : sa toxicité vasculaire (infarctus, artérites, accidents vasculaires cérébraux) ; ses effets dépresseurs de l’immunité (inquiétants en cette période où sévit le Covid-19) ; ses effets perturbateurs de la grossesse et les troubles que pourra présenter l’enfant qui en naîtra ; ses effets épigénétiques, faisant que des parents ayant exposé leurs gamètes au THC ou que des mamans l’ayant consommé pendant la grossesse transmettent à leurs descendance une vulnérabilité aux drogues et toxicomanies ; effets épigénétiques, encore, par lesquels un adolescent qui en consomme peut obérer la suite de son existence. Auxquels s’ajoutent d’autres méfaits cérébraux : ivresse, désinhibition, à l’origine de fréquents accidents de la route et du travail ; troubles anxieux et dépressifs ; perturbations de la mémoire, de la cognition et de l’acquisition d’une culture ; troubles délirants et hallucinatoires, en relation avec la schizophrénie, qu’il peut déclencher, aggraver, et rendre résistante aux traitements qu’on lui oppose ; incitation à l’utilisation d’autres drogues (polytoxicomanies)…

Ces groupes capitalistes qui avaient énormément investi pour le « cannabis/THC thérapeutique », à la veille d’en percevoir les premiers dividendes, devaient-ils renoncer ? Impossible ! Il leur suffisait de revoir le casting. Ainsi, un autre cannabinoïde, le cannabidiol/CBD, tel Boudu, a été sauvé des eaux et promu dauphin du THC invalidé pour l’accès au trône.

Des manipulations, sélections génétiques et reproductions dirigées ont donné naissance à de nouveaux cultivars aux taux de THC effondrés et de CBD magnifiés. Les infrastructures de production étant sauvées, il restait à introniser le CBD. Des études abondamment « sponsorisées » se sont multipliées. Tout essai semblant valider l’hypothèse testée était mis en exergue, faisant un Annapurna des moindres taupinières.

Sans hésiter, telle une action de grâce au Père de toutes choses, il était assené que le CBD non seulement annulait les méfaits du THC, mais qu’en outre, il intensifiait tous ses bienfaits supposés. N’était-ce pas la perfection ?

Une impressionnante liste d’effets utilisables en thérapeutique a été dressée, au point que, de mémoire de pharmacologue, aucune autre substance n’a jamais été dotée d’autant de potentialités. Une énumération non exhaustive en fera prendre la mesure : anxiolytique, antistress ; antiépileptique dans les formes rares d’épilepsies infantiles (de Dravet et de Lennox-Gastaut) ; anti-spastique ; analgésique ; réducteur des dépendances au tabac, à la cocaïne, aux amphétamines ; actif dans la schizophrénie ; protecteur dans des affections neurodégénératives ; actif contre les espèces réactives de l’oxygène (radicaux libres) ; anti-inflammatoire dans les prostatites, les colites ; actif dans les maladies inflammatoires chroniques de l’intestin (MICI) ; actif dans le diabète de type 1 ; anticancéreux ; et même actif dans le Covid-19. Ce « trop » est évidemment très suspect.

À une publicité intense répond un vif engouement ; des magasins « spécialisés » s’implantent dans toutes les villes ; les formes commerciales se multiplient (gélules, huile pour vapoteurs, chocolats, sucettes, eau parfumée, bonbons, fleurs séchées pour infusion, baumes… Un cuisinier, de la région de Pontoise proposait même une cuisine au CBD.

Cela étant, ne jetons pas le cannabidiol/CBD avec l’eau des manip’, des publicités mensongères, de la cupidité dans lesquelles il baigne. L’analyse minutieuse des données de la littérature à venir permettra d’apprécier, dans la réputation faite au CBD, ce qui relève de « manip’ », d’opportunismes, de sérendipité et, ne pas l’exclure, de la vraie pharmacologie.

14 juin 2020

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