Editoriaux - Religion - 17 juin 2019

L’archevêque de Paris donne aux autorités publiques une leçon de foi et de tolérance

L’archevêque de Paris, Mgr Michel Aupetit, a célébré une messe, samedi, dans la chapelle de la Vierge, qui se situe derrière le chœur de Notre-Dame, la première depuis l’incendie survenu il y a deux mois. Avec un casque de chantier, pour des raisons de sécurité. Symboliquement, ce casque signifie aussi qu’il y a beaucoup de travail à faire pour que la France, fille aînée de l’Église, retrouve ses racines chrétiennes. Dans son homélie, il a a posé deux questions fondamentales : « Avons-nous honte de la foi de nos ancêtres ? Avons-nous honte du Christ ? »

En rappelant que Notre-Dame est avant tout « un lieu de culte », il s’adresse, sans les nommer, à tous ceux qui se sont émus des répercussions de l’incendie sur la fréquentation touristique, notamment à Anne Hidalgo et Emmanuel Macron, pressés de restaurer la cathédrale avant les Jeux olympiques de 2024. « Ce bien cultuel, cette richesse spirituelle ne peuvent être réduits à un bien patrimonial », a-t-il précisé. Dans la conférence de presse qui a suivi, il a expliqué que même les « touristes » respectent ce lieu sacré : « Ils ont l’impression que c’est un lieu extraordinaire ». Quand ils visitent la cathédrale pendant un office, tous font spontanément silence au moment de la consécration.

Bref, Notre-Dame n’est pas un musée, même si elle abrite des chefs-d’œuvre. « Il n’y a pas de touristes à Notre-Dame, car ce terme est souvent péjoratif et ne fait pas droit à ce mystère qui pousse l’humanité à venir chercher un au-delà de soi. » Il a répété que « la cathédrale est née de la foi de nos aïeux », regrettant que, sous prétexte de laïcité, on n’ose plus parler du bon Dieu.

C’est sans doute le passage le plus important de son homélie : « Une culture sans culte devient inculture », a-t-il déclaré, ajoutant : « Il n’est qu’à voir l’ignorance religieuse abyssale de nos contemporains en raison de l’exclusion de la notion divine et du nom même de Dieu dans la sphère publique en invoquant une laïcité qui exclut toute dimension spirituelle visible. » Allusion courtoise aux esprits qui ne voient dans la foi que superstition : ils n’ont pas compris, comme l’a montré Jean-Paul II dans sa lettre encyclique Fides et Ratio (Foi et Raison), que « la foi ne craint pas la raison », mais qu’« elle suppose et perfectionne la raison ».

« Celui qui croyait au ciel/Celui qui n’y croyait pas », comme l’écrivait le poète Aragon, reconnaît en Notre-Dame l’héritage du christianisme qui a construit la France et le symbole de « l’espérance chrétienne qui perçoit bien au-delà d’une petite vie personnelle centrée sur soi pour entrer dans un projet magnifique au service de tous, en se projetant bien au-delà d’une seule génération ». Une belle leçon pour les autorités publiques qui ont la prétention de contribuer au bonheur de l’homme en sacrifiant sa dimension spirituelle et en oubliant les racines chrétiennes de la France et de l’Europe.

Par rapport à ce que représente Notre-Dame, dans le passé, le présent et l’avenir, Anne Hidalgo, dans son hôtel de ville, et Emmanuel Macron, dans son palais de l’Élysée, ressemblent à des roitelets éphémères qui s’accrochent à des vanités.

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