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Coronavirus - Editoriaux - Politique - 5 avril 2020

Épidémies : des tests, pour quoi faire ?

Des tests ? Pour quoi faire ? Diagnostiquer et dépister sont deux actions et deux pensées différentes. En médecine, on diagnostique une maladie chez un malade. En épidémie, on dépiste les patients atteints pour décider de mesures anti-épidémiques, avec ou sans traitement spécifique. C’est un autre monde.

La meilleure méthode d’évaluation actuelle, par clusters (grappes, chaînes, réseaux) avec ses branches d’amont et d’aval, ne peut être lancée qu’une fois les premiers cas reconnus. Elle dépend du nombre de clusters connus et d’évaluations variables pour tirer des conclusions adaptables à toute la population. Il faut développer une prévision nationale et anticipatrice qui n’existe pas à ce jour. Elle est présentée ci-dessous.

Dans toute épidémie virale, on distingue cinq groupes : 1) les non-porteurs, 2) les porteurs sains (non malades au-delà du délai maximum d’incubation, mais potentiellement contagieux), 3) les porteurs en incubation qui peuvent rester porteurs sains ou devenir 4) « petits malades » à domicile ou encore 5) malades hospitalisés.

En parlant bien de dépistage, mais non de diagnostic pour traitement, les enjeux et conduites varient. Les EPI (équipements de protection individuels : masques, gants, etc.) serviront, au mieux, à l’autoprotection et à la protection des contacts. L’isolement en est la suite logique, surtout en l’absence de traitement spécifique (ce qui est le cas, actuellement, pour le Covid-19). Le suivi régulier à deux semaines d’intervalle (durée de l’incubation) s’impose pour les non-porteurs (cas 1).

Il faut tenir compte du facteur social fondamental : quantité et qualité des contacts obligatoires (famille, relations, travail). Il faut aussi se préparer à des facteurs médicaux inconnus, par exemple : répétition des contacts et risque majoré d’accéder à un état grave ?

Tant que les questions ne seront pas posées en ces termes, les décisions politiques seront biaisées, retardées, insuffisantes, donc honteuses. On a préparé la guerre de 1914 avec la pensée de 1870, celle de 1939 avec la pensée de 1914, et l’épidémie de Covid-19 avec la pensée du SRAS précédent. Faut-il continuer ainsi ? Ma réponse est évidente : non !

Il faut donc une réelle volonté anticipatrice, un programme politique de santé appuyé sur la méthode éprouvée du recensement, adapté à la médecine épidémique : obligatoire, partielle, périodique, rapidement mobilisable, sans demi-mesures.

Le reste n’est que technique connue : définition des populations statistiques, recenseurs, traitement des résultats, etc.

Dans un pays où 1.000 personnes suffisent à établir un échantillon représentatif de la population pour la moindre élection ou pour vendre un fromage, la tâche mérite d’être lancée, au moins avant la prochaine épidémie.

Mais comme toute nouvelle décision, elle se heurtera à des contraintes, la plus importante étant de bousculer la bureaucratie. Car à tout problème technique, il y a une solution technique… à mijoter ailleurs que dans les arrière-cuisines politiques. Faute de mieux, et malgré les improvisations, il est impératif de poursuivre la délivrance des EPI, la politique de confinement, le développement des tests et des thérapeutiques, récupérer au mieux (par déclaration obligatoire) les quantités de cas en cours.

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