L’aile ou la cuisse… in vitro

Dans L’aile ou la cuisse, film de Claude Zidi sorti en 1976, au côté du pétillant Louis de Funès, Julien Guiomar interprète le directeur d’une entreprise de malbouffe. Tricatel, sorte de grande chaîne de restauration, veut s’imposer dans le monopole de la restauration avec des coûts bas, sa concurrence directe étant les établissements de gastronomie traditionnels dont Charles Duchemin (Louis de Funès), directeur éponyme du célèbre guide gastronomique, est le représentant. La caméra de Zidi nous emmène dans un décor futuriste au sein de l’usine Tricatel où poissons et steaks, laitues et œufs sont fabriqués à partir d’une pâte informe et écœurante.

On serait tenté de comparer ce procédé de fabrication à celui de la viande cellulaire. Aussi appelée viande in vitro, souvent présentée comme une solution pour répondre aux enjeux des pénuries alimentaires et climatiques. Les cellules souches sont multipliées dans une boîte de Petri. Le procédé a de quoi séduire. Cela pourrait permettre de réduire la pression environnementale causée par la production classique, libérer des terres cultivables qui subissent la pression démographique et limiter les pénuries alimentaires. Ce sont les promesses que l’on retrouve formulées par Jacques Tricatel dans la scène du débat télévisé (animé par Philippe Bouvard) de L’aile ou la cuisse : « Moi, je nourris des millions de gens et, demain, je nourrirai la Terre entière. »

En raisonnant dans le cadre d’une guerre économique, la viande in vitro pourrait être une stratégie, pour les financiers américains, de pénétrer le marché européen et surtout français. Il faut le dire : la compétitivité hors prix garantie par les 1.000 ans de gastronomie nationale fait que la filière bouchère étrangère peut avoir des difficultés à pénétrer le marché. On a rarement vu un aviculteur texan commercialiser un poulet de Bresse.

C’est là que les financiers américains dégainent leur stratégie favorite dans ce qui s’apparente à une guerre cognitive. La première tactique est de présenter (ce qui est pourtant loin d’être fondé) la viande in vitro comme unique solution durable. La deuxième tactique est de discréditer la filière agricole française. Pour ce faire, choisir ses mercenaires locaux.

Le traitement des élevages intensifs et hors-sol est problématique et parfois scandaleux. En un sens, les images de L214 permettent d’en rendre compte violemment. Ainsi, les traitements dénoncés par une de leurs vidéos ont permis la condamnation, début avril, du directeur de l’abattoir d’Alès, très insalubre. Cependant, selon Paul Ariès, historien de l’alimentation, la nébuleuse de ces activistes végans forment « les idiots utiles des fausses viandes, des faux fromages, des faux laits qui vont bientôt envahir nos étals, avec, par exemple, de la fausse viande réalisée à partir de cellules souches »» (propos recueillis par Le Figaro Vox, 18/1/2019).

De fait, en 2017, L214 touche 1,1 million d’euros de la part de la fondation américaine Open Philanthropy Project, codirigée par un fondateur de Facebook (Dustin Moskovitz). On notera que cette fondation est clairement impliquée dans le développement de la viande cellulaire (The Good Food Institute).

Les militants de L214, dont on ne remet pas en cause la générosité de l’engagement, ne comprennent pas que la défense d’un meilleur traitement pour les animaux doit passer par un refus de l’ultralibéralisme qui pousse les financiers à des logiques de compétitivité hors prix. Il faut se recentrer auprès d’une autre espèce en souffrance telle que les éleveurs fermiers. Plus de produits locaux, moins de MacDo. Le pays réel plutôt que Tricatel.

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