Accueil Editoriaux La sélection à l’entrée des universités encore diabolisée : les tabous sont fatigués !
Editoriaux - Education - Société - 11 février 2020

La sélection à l’entrée des universités encore diabolisée : les tabous sont fatigués !

Le Figaro a publié un classement des universités françaises qui attirent les meilleurs étudiants. Horreur ! Il apparaît que les universités parisiennes accueillent le plus de mentions « très bien » au baccalauréat, soit au moins 16 de moyenne. Quelle sélection intolérable ! Voilà de quoi scandaliser les partisans de l’accès de tous à l’enseignement supérieur. Il serait temps de briser les tabous qui régentent depuis trop longtemps les esprits qui confondent l’égalité et l’égalitarisme.

Dans les années 1960, les classes préparatoires littéraires les plus recherchées pour passer le concours d’entrée à l’École normale supérieure se trouvaient aux lycées Louis-le-Grand et Henri-IV, qui engrangeaient la grande majorité des futurs lauréats. Cela n’a pas beaucoup changé aujourd’hui, la réputation de ces établissements n’ayant pas été démentie. Ce qui n’a jamais empêché des étudiants faisant hypokhâgne et khâgne dans des lycées de province d’intégrer l’ENS, voire d’en être major.

La différence de résultats ne vient pas d’une moindre qualité des professeurs mais d’une moindre concentration de bons éléments. En 1960, les lycées les plus prestigieux pratiquaient une sélection féroce sur dossier. Et cela continue 60 ans après, puisque Parcoursup permet un choix parmi les candidatures dans les filières sélectives. Mais cette affectation, que d’aucuns dénoncent comme privilégiée, n’offre pas une garantie de réussite. D’excellents élèves peuvent être déroutés par la quantité de bons élèves dans leur classe et mieux réussir dans des établissements moins réputés.

Il en est de même pour les universités. Il existe partout de brillants enseignants-chercheurs. La différence vient, en grande partie, du public auquel ils s’adressent. Les universités les plus attractives, d’après le classement du Figaro, se font rarement remarquer par des mouvements étudiants, qui paralysent régulièrement les enseignements et le déroulement des examens : Paris 1 Panthéon-Sorbonne, Paris 2 Panthéon-Assas et Sorbonne Université occupent le trio de tête. On peut comprendre qu’elles soient recherchées. Ce qui ne veut pas dire qu’il n’est pas possible de trouver ailleurs la voie du succès.

Mais la sélection pour les établissements parisiens ne se fait pas seulement sur les résultats acquis dans son lycée d’origine. Ne parlons pas des universités où les personnels, considérant qu’ils doivent accepter tout le monde, refusent d’opérer un classement des dossiers de candidature. Si l’attractivité de Paris est compréhensible, parce qu’elle dispose d’atouts culturels que ne possèdent pas toutes les villes, les contraintes matérielles (coût de la vie et des loyers) peuvent être rédhibitoires pour les étudiants qui ne sont pas originaires d’Île-de-France.

Pour améliorer la situation, il faudrait s’attaquer à deux tabous. Reconnaître, d’abord, la nécessité d’une sélection sur des critères de mérite. Quel que soit l’établissement, en province ou à Paris, il vaut mieux une sélection fondée sur les résultats des élèves qu’une politique de quotas. Refuser la sélection, c’est sanctionner les étudiants d’origine modeste qui n’ont que leur talent à faire valoir. C’est aussi fabriquer des aigris qui subiront, après un an ou deux, le couperet de l’échec. Ensuite, réviser les conditions d’attribution des bourses et en relever le montant, en tenant compte des situations sociales, mais en donnant une plus grande part au mérite individuel.

Peut-être la solution consisterait-elle en un examen d’entrée à l’université, distinct du baccalauréat ou le remplaçant ? Mais cette hypothèse bouscule encore un tabou !

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