Une étude  récente  (Eur. Arch. Psychiatry Clin. Neurosci., 2021, 271, 857-64), par G. Fond et coll., montre que le cannabis est consommé par 15 % des étudiants en médecine français et qu’il a déjà rendu dépendants de cette drogue 5 % d’entre eux (rappelons qu’on ne dispose d’aucun traitement permettant de guérir cette dépendance).

« Le poisson pourrissant par la tête », on s’inquiète pour l’avenir de la médecine si elle venait à être pratiquée par des praticiens intoxiqués, incapables de convaincre leur patientèle de ne pas consommer une drogue qu’ils ne pourraient s’empêcher de consommer eux-mêmes. Ces futurs médecins consommateurs de cannabis étant déjà nombreux, ils le seraient encore plus si aboutissait la revendication croissante de la légalisation de cette drogue.

La consommation de cannabis était imperceptible durant l’année du concours de la PACES (première année du cycle de santé). La pression de sélection y était rigoureuse, n’autorisant qu’un candidat sur cinq à poursuivre dans une des différentes filières de la santé : médecine, maïeutique (« sage-femme »), pharmacie, chirurgie dentaire. Une consommation de cannabis durant cette PACES conduisait à un échec assuré. Le cannabis, grand perturbateur cognitif, « drogue de la crétinisation », eût affecté la mémoire durant cette année où elle est énormément sollicitée. Après cette année de sélection (assez souvent prolongée d’un redoublement) comportant un haut niveau d’activité et de stress, le succès suscite un énorme soulagement. Il peut comporter une période de vulnérabilité, alors que se multiplient les soirées au cours desquelles l’ coule à flots et le cannabis empuantit l’atmosphère. Pendant cette période (qui dure environ deux ans, avant que ne se rallume l’énergie pour obtenir un bon rang dans l’examen national classant qui décidera de la spécialité médicale que le carabin pourra exercer) peuvent se constituer des addictions : à la caféine et au tabac (elles préexistaient souvent, ayant pu aider certains à tenir un rythme élevé pendant la préparation du concours) ; à l’alcool (avec des « bitures express », des ivresses aiguës et même des comas alcooliques) ; au cannabis (cf. supra) ; et de plus en plus à la cocaïne sniffée (neige/coke) ou inhalée (crack). Ultérieurement, le stress des gardes, la surcharge de travail, loin d’aider à purger les consommateurs de ces toxiques, tend au contraire à aggraver leurs addictions.

Une question vaut d’être posée à ceux qui militent pour la légalisation des drogues illicites : seront ils prêts à faire appel à des praticiens qui abuseraient de l’alcool, du cannabis et même de la cocaïne ? D’autant qu’incitant à une escalade vers d’autres drogues (dont le mécanisme neurobiologique est désormais élucidé), pourront s’y adjoindre, plus ou moins rapidement, des amphétamines et/ou des morphiniques !

Dans l’enseignement de la PACES, un certain nombre de facultés de santé avaient introduit quelques heures de cours sur les toxicomanies ; ces enseignements étaient dispensés à de grands effectifs d’étudiants, alors très réceptifs. Ils palliaient la défaillance de l’Éducation nationale en matière de prévention des toxicomanies (comme, d’ailleurs, le lui a reproché l’Observatoire européen des drogues et toxicomanies : OEDT). Dans les dispositifs qui succèdent à la PACES (PAS et LAS), ces cours ont, hélas, disparu. Les deux professeurs qui organisent, dans la faculté de santé de Rouen, ces LAS et PAS ont ménagé, au cours de la journée de présentation de ces enseignements, une conférence sur ces drogues et toxicomanies. Puissent-ils être imités dans toutes les autres facultés de santé.

 

 

11 septembre 2021

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