La Réunion, île de la désunion ?

« C’est encore les Comores » ou, plus souvent, « c’est encore pour les Comores ». Voilà deux phrases récurrentes à La Réunion, qu’on parle de délinquance ou, avec plus de rancœur, de la construction de logements sociaux.

Depuis une semaine, la violence a explosé sur notre bout de France de l’océan Indien. La Réunion, l’île aux merveilles, ce joyau de la nature, s’est transformé en chaudron maléfique. Le piton de la Fournaise n’y est pour rien ; la faute en revient aux incohérences de la République, bien antérieures, celles-là, à l’arrivée d’Emmanuel Macron.

Devant l’ampleur des exactions, le préfet a décrété, depuis mardi soir, le couvre-feu dans plus de la moitié des communes de l’île. Les établissements scolaires sont fermés, les automobilistes empêchés de circuler, sauf à être rackettés et menacés. Tout le monde, là-bas, a son sabre à canne, et faute de couper la plante sucrière, on est prêt à découper le voisin. On brûle, on saccage, on pille (cigarettes et alcool en priorité !). Des gamins livrés à eux-mêmes, complètement défoncés, caillassent les voitures et les forces de l’ordre. Bilan de quatre jours d’émeutes : « 109 interpellations, 30 blessés parmi les forces de l’ordre, 16 policiers, 14 gendarmes, à peu près une cinquantaine de barrages, un millier de manifestants », a énuméré le porte-parole de l’Élysée.

Ce jeudi matin, l’armée est arrivée sur l’île en renfort. Engins blindés contre machettes. Comment en est-on arrivé là ?

« Ce sont des jeunes désœuvrés, parfois très jeunes, qui profitent de la nuit tombée pour piller, pour voler, pour casser. On est carrément dans un climat insurrectionnel », dit un élu sur Radio Free Dom. Et des jeunes désœuvrés, il y en a beaucoup, à La Réunion. Taux de chômage 29 %, 60 % chez les jeunes. Revenu moyen par habitant : 18.000 euros par an, et quand on connaît les écarts de revenus, on comprend que nombreux sont ceux qui vivent dans la misère. En janvier 2015, l’île comptait officiellement 850.727 habitants. On parle, aujourd’hui, du million, concentré sur la bande côtière.

La vie sur l’île est très chère. L’octroi de mer (+30 % par rapport à la métropole) est prétexte à toutes les flambées. C’est ce qui vaut, aux fonctionnaires en poste et aux retraités, de voir leurs traitements et pensions majorés d’autant, creusant encore l’écart entre privilégiés venus souvent de métropole et autochtones.

Et puis il y a « les Comores », comme on dit là-bas. Une population qui ne cesse de croître et concentre, à tort ou à raison, bien des rancœurs.

J’étais à La Réunion lorsque Mayotte est devenue département français. J’ai discuté alors avec des Réunionnais qui s’en réjouissaient, pensant que cela, enfin, fixerait sur l’île sa population et les immigrés des îles voisines qui s’y échouent en masse. J’étais loin de partager leur optimisme. La suite m’a donné raison : Mayotte étouffe de l’immigration en provenance de la République islamiste des Comores, laquelle déverse son trop-plein sur La Réunion.

C’est un tabou en métropole, mais nous portons à bout de bras – ou plutôt d’impôts – ces territoires des antipodes. Dans un document de Panapress (Agence panafricaine de presse), on pouvait lire, voilà quelques années, que sept familles mahoraises sur dix dépendaient pour leur survie du RSA, précisant que « près de 90 % des membres de la communauté sont de nationalité française ».

“La Réunion récolte les fruits des incohérences de la politique comorienne de la France car les contradictions croissantes dans lesquelles se débat l’archipel favorisent une augmentation des flux migratoires”, disait Gilbert Valli, chargé de mission au cabinet d’études Défi OI et auteur de l’étude en question sur les populations originaires des Comores installées à La Réunion.

La Réunion est comme la Guyane : un déversoir. Prenons garde à ce que cela ne devienne pas un laboratoire, dramatique préfiguration de ce qui nous attend.

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