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Editoriaux - Politique - Réflexions - 17 mai 2020

La peur : la marque terrible de notre époque

« La seule chose dont nous devons avoir peur est la peur elle-même, l’indéfinissable, la déraisonnable, l’injustifiable terreur qui paralyse les efforts nécessaires pour convertir la déroute en marche en avant. » Ces mots prononcés par Franklin Delano Roosevelt, le 14 mars 1933, mériteraient d’être répétés aujourd’hui, car la peur n’est plus seulement la crainte d’une crise économique qui a tué la confiance, détruit les entreprises, volatilisé les valeurs monétaires et réduit des foules entières au chômage comme lors de la crise de 1929.

Roosevelt est l’élu de la crise après trois présidents républicains « libéraux ». Il introduira de la planification, du contrôle et une supervision de l’État et des États fédérés dans les domaines économique et social, bien loin toutefois de la dérive socialiste. Mais ce qui est le plus important, en amont de cet interventionnisme qui a marqué l’Histoire, c’est l’enveloppe éthique qui l’entoure. Elle est conservatrice, et même réactionnaire. Que dit Roosevelt ? « Nous devons rendre ce temple de notre civilisation aux anciennes vérités. » Il y en a trois : d’abord « la fausseté de la richesse matérielle en tant qu’étalon du succès », ensuite « notre véritable destinée n’est pas d’être secourus mais de nous secourir nous-mêmes, de secourir nos semblables », enfin, « la confiance […] ne prospère que sur l’honnêteté, sur l’honneur, sur le caractère sacré des engagements… » Supériorité des valeurs spirituelles et morales sur les biens matériels et l’argent, responsabilité personnelle, confiance collective fondée sur des hommes intègres et responsables…

Il n’est pas difficile de voir à quel point le monde dans lequel nous vivons est aux antipodes de celui que dessinait le président Roosevelt le jour de son investiture. Si nous nous trouvons devant une situation économique angoissante, non seulement en raison de la panne imposée à une grande partie de l’économie mondiale par le confinement, mais aussi à cause du caractère de plus en plus factice de la prospérité fondée sur la création monétaire et la consommation qu’elle facilite, la peur ne semble pas la conséquence de la crise, qu’elle entretient, mais sa cause première.

Or, cette peur n’est pas accidentelle. Elle est, sous différentes formes, la marque principale de notre époque. La peur de la mort, raisonnable, et transcendée par les croyances spirituelles, est devenue irrationnelle dans nos sociétés matérialistes. C’est ce qui explique que des responsables politiques du monde entier ont pu imposer des contraintes sans précédent face à une épidémie inquiétante, certes, mais qui n’égale pas, et de loin, certaines qui l’ont précédée. Dans les États de culture occidentale, dont la population est vieillissante, le virus a suscité une panique que n’a pas diminuée l’idée que la mort fauchait davantage des personnes que leur âge approchait déjà d’une fin inéluctable. En Europe, cette crainte a suivi celle qui était née du terrorisme islamiste capable, à tout moment, d’assassiner à la kalachnikov, au camion ou au couteau, n’importe qui, n’importe où.

En France, la peur du désordre et des violences liés à des manifestations avait été entretenue savamment par le pouvoir, et sur la planète, mais toujours en Occident plus qu’ailleurs, c’est la frayeur écologiste identifiée désormais à Greta Thunberg qui sévissait depuis un bon moment, soutenue par des dirigeants politiques, des instances internationales et de nombreux médias. Difficile d’avoir peur de la peur dans un monde qui passe d’une peur à une autre comme on change de mode…

Le résultat, c’est la disparition de la confiance pourtant indispensable au bon fonctionnement d’une économie libérale et de pays démocratiques. La peur, loin d’engager à accroître la responsabilité des citoyens, les conduit à se tourner vers l’État protecteur, à accepter les contraintes qu’il impose et, bien sûr, non sans raison, à ressentir méfiance et suspicion devant l’inefficacité de ses dirigeants. La déception suscitée par les États engendre deux mouvements qui ne sont qu’en apparence contradictoires : déplacer les espérances de l’État vers les organisations non gouvernementales, réputées moins corrompues et plus éthiques, ou vers un gouvernement mondial, sauveur suprême. La vraie solution était celle de Roosevelt : ce sont les nations et leurs États qui doivent éteindre la peur et ils ne peuvent le faire que par l’exemplarité morale de leurs élus. On se rend compte à quel point le Président français offre le contre-exemple du discours de Roosevelt…

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