[Cinéma] The Grandmaster, ressortie en salle d’un chef-d’œuvre de Wong Kar-wai

The Grandmaster s’avère, en définitive, un film puissamment mélancolique, foncièrement nostalgique du temps qui passe.
Copyright Wild Bunch Germany
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C’est un événement à ne pas rater ! Après la ressortie en salles de In the Mood for Love, en 2021, dans une magnifique version 4K restaurée, le distributeur français The Jokers s’apprête à ressortir, ce mercredi 25 février, The Grandmaster, autre chef-d’œuvre du cinéaste Wong Kar-wai, et cette fois-ci dans son montage chinois originel, plus long d’une quinzaine de minutes.

Sorti en 2013 après dix années de maturation et quatre ans de tournage, le dernier long-métrage, à ce jour, du réalisateur marquait sa septième collaboration avec son acteur fétiche Tony Leung Chiu-wai, après Nos années sauvages, Les Cendres du temps, Chungking Express, Happy Together, In the Mood for Love et 2046.

Pensé comme un hommage aux arts martiaux chinois (le wushu, plus communément qualifié de « kung-fu » en Occident), The Grandmaster retrace de façon romancée l’histoire de Yip Man (1893-1972), le célèbre maître de wing chun qui forma notamment Bruce Lee dans ses jeunes années.

En France, c’est à Didier Beddar que l’on doit l’introduction, en 1989, de ce style relativement méconnu. Ceux qui ont eu la chance de suivre ses cours de wing chun, comme l’auteur de ces lignes, savent ce qu’ils lui doivent.

Une époque d’effervescence pour le wushu

Le récit de The Grandmaster débute à Foshan, en 1936, à une époque où le grand maître Gong Baosen, spécialiste de bagua zhang (un style du nord), est à la tête de l’Ordre des arts martiaux chinois. Venu dans le sud avec sa fille Gong Er (interprétée par Zhang Ziyi), Baosen cherche à établir des ponts avec les écoles locales, quitte à être vaincu et à perdre son titre. Il faut savoir, à ce propos, que le wushu du Nord est réputé comme utilisant davantage les coups de pied, les sauts et les frappes de forte intensité, tandis que le wushu du Sud-Est est plus axé sur les poings et les courtes distances.

Très vite, le wing chun est désigné parmi toutes les écoles de Foshan pour représenter le Sud. Ayant finalement vaincu Gong Baosen dans la somptueuse « maison des plaisirs » du Pavillon d’or, Yip Man perd, face à la fille de celui-ci, Gong Er, et dès lors s’esquisse entre eux une relation impossible, teintée d’admiration et de désir, dans une Chine tourmentée par l’invasion japonaise.

Chorégraphié par le grand Woo-Ping Yuen, connu pour avoir travaillé avec Tsui Hark, les frères Wachowski et Wilson Yip (sur sa propre saga consacrée à Yip Man, mettant en vedette Donnie Yen), The Grandmaster a pour principal mérite de faire honneur à des styles de wushu emblématiques parmi les deux cents officiellement recensés, mais encore confidentiels en Occident : bagua zhang, xing yi quan, baji Quan, hong gar et, bien sûr, le wing chun…

À noter que pour le rôle de Yip Man, Tony Leung Chiu-wai (rendu célèbre, en France, avec la saga Infernal Affairs), qui possédait déjà une solide formation en wushu, s’est pleinement investi puisqu’il s’est entraîné au wing chun à raison de quatre heures par jour pendant un an afin de se montrer à la hauteur des enjeux.

Une œuvre poétique et contemplative

Pour sublimer son sujet, le film bénéficie de la photographie magnifique du Français Philippe Le Sourd, qui parvient à restituer le style habituel, coloré, cotonneux et quasi impressionniste de Wong Kar-wai, et d’une bande originale inspirée signée Shigeru Umebayashi, collaborateur régulier du cinéaste. Notons, à ce propos, que le compositeur japonais s’accorde, au détour d’une séquence, la liberté de rendre hommage à Ennio Morricone en reprenant un thème musical (Deborah’s Theme) d’Il était une fois en Amérique, le film de Sergio Leone.

Œuvre majeure du cinéma chinois et hongkongais, The Grandmaster s’avère en définitive un film puissamment mélancolique, foncièrement nostalgique du temps qui passe ; un récit lyrique sur le caractère éphémère de l’existence et sur ces traditions ancrées qui ne cessent de se transmettre de génération en génération. Un propos qui, bien évidemment, va à l’encontre de la doxa actuelle, mais que voulez-vous, même la presse « progressiste » a encensé le film à sa sortie…

5 étoiles sur 5

https://www.youtube.com/watch?v=XGpJQ_r44lc

Cet article a été mis à jour pour la dernière fois le 28/02/2026 à 23:14.
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Pierre Marcellesi
Chroniqueur cinéma à BV, diplômé de l'Ecole supérieure de réalisation audiovisuelle (ESRA) et maîtrise de cinéma à l'Université de Paris Nanterre

Vos commentaires

16 commentaires

  1. C’est un chef d’oeuvre ! J’adore ! Et comme toujours M. José Bobo est dans la contradiction. C’est un parti pris, une posture sur Bd Voltaire… Désormais nous savons à quoi nous attendre.

    • Merci pour cette réponse, Léa-Elisabeth. En effet, ce film méritait d’être loué et je crains que vous n’ayiez raison s’agissant de M. José Bobo. Dommage qu’il n’ait pas répondu.

  2. à José Bobo et à Knyr, à la lecture de leurs messages respectifs et en défense de Pierre Marcellesi.
    D’habitude, vous êtes mieux inspiré pour parler de la politique au quotidien.
    Mais là, on est au cinéma, qui est un art et aussi une industrie pour paraphraser un discours d’André Malraux, et le cinéma d’aujourd’hui ne se limite pas à ceux qui… se limitent à des effets spéciaux, en particulier pour présenter les arts martiaux.
    Là, avec Won-Kaï-Waï, vous avez de l’art et cela s’applique … aux arts martiaux. Mais d’abord de l’art.
    Avez-vous vraiment vu CE film ou bien donnez-vous un point de vue sur ce film en vous fondant sur d’autres films, donc sans avoir vu CE film ?
    Je serais intéressé par votre réponse respective.

  3. Les films d’arts martiaux asiatiques sont parfaitement ridicules ! Pires encore que ceux produits par l’Occident, c’est dire…

    • Cette réponse ne me dit pas si vous avez vu CE film commenté par Pierre Marcellesi.
      Si vous ne l’avez pas vu, votre commentaire n’a pas d’intérêt et vous en restez à des a priori, n’est-ce-pas ?

    • Pourquoi les films sur les arts martiaux seraient forcément tous ridicules, même ceux « produits par l’Orient »? Les arts martiaux sont intrinsèquement ridicules, ou au contraire ils sont d’une telle profondeur spirituelle que le cinéma est incapable d’en rendre compte ?

  4. Peut on apprécier ce film si on n’a aucun intérêt pour ce type de combat extrême orientaux ( pas plus que pour la boxe , française ou pas…) ?

    • Oui je pense. personnellement je n’y connais rien, je suis une vieille dame, et j’adore. Il y a eu un festival de films asiatique à Deauville pendant 10 ans que j’ai découvert totalement par hasard car j’avais une amie qui habitait et j’ai été totalement conquise. Ça vaut la peine d’essayer. Bonne séance.

      • Merci.
        Je comprends des commentaires sur boulevard Voltaire que la réponse est « oui, surtout si on est une femme d’âge mûr ». Ce n’était pas une réponse a priori évidente. Elle mériterait confirmation et avis d’autres spectateurs. Les femmes mures sont peut être simplement ultra majoritaires dans le lectorat de BV, ou celui de Mr Pierre Marcellesi en particulier. Avec Pierre, Marcelle est ici.

      • non,  » il ne suffit pas  » il faut avoir l’esprit ouvert – Moi aussi je suis une dame âgée, mais j’ai gardé l’envie de découvrir et d’être enchantée par d’autres cultures et d’autres regards, c’est très enrichissant, essayez Jose Bobo de dépasser vos certitudes vous y verrez bien mieux !

  5. Pour ceux que cela peut intéresser, mon article ci-dessus évoque le film « In The Mood For Love » et la saga « Infernal Affairs » pour lesquels j’avais rédigé des textes sur Boulevard Voltaire. Vous les retrouverez avec la fonction recherche, en haut à droite de l’écran.

  6. Cher Monsieur Marcellesi,
    Ce film, en effet, est du grand art : les prises de vues, très esthétiques sont réussies, le sujet intéressant ; un seul regret : la fin du film traîne en longueur pour nous parler d’une histoire sentimentale et pour nous expliquer comment est apparu le kung-fu (je préfère la manière dont Kurosawa nous explique comment est apparu le judo, remplaçant le ju-jistu au Japon dans son premier grand film (dommage que n’on n’ait qu’une version « raccourcie » pour les raisons que vous savez), La légende du Grand Judo.

    • Art martial qui n’en est pzs un.puisqu’il fonctionne sur les categories de poids. ..! Un judoka n’a zucune chance face a un maitre de l’Aikido ou de ju-jitsu bresilien adapte au combat de rue .

      • Pourquoi l’existence de catégories de poids écartent selon vous la possibilité de parler d’art martial?
        S’il y a des catégories de sexes, on peut en revanche parler d’art martial ? L’art doit être partagévet pratiqué par tous sans aucune distinction ?

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